CHRONIQUES

livres • bandes dessinées • comics
Prix : 16,50 €
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ISBN : 979-10-408-0977-7
Nombre de pages : 252
Format : 22 X 14 CM
Année de parution : 2026
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8 / 10

Jack avant l’éventreur

Charlotte Razon s'attaque à la jeunesse de Jack l'éventreur avec beaucoup de finesse, d'ingéniosité et de psychologie. Elle ajoute une intrigue truculente qui nous permet de déambuler dans les rues de Paris en 1878. Le tout avec une très jolie prose qui vient amplifier un sentiment de paranoïa.

1878. Exposition universelle de Paris. James Flick, dix-sept ans, est l’assistant de Herbert Wheel, inventeur anglais d’une machine capable de retransmettre les sons par les ondes et qui répond au doux acronyme de SOPHIA. Seulement, on vient de retrouver dans leur pavillon le corps éviscéré de Alric Jäger, autre inventeur, mais allemand, rival de l’ingénieur anglais. Pour la police, la culpabilité de Wheel ne fait aucun doute, mais le jeune James se pose bien des questions depuis qu’il a récupéré sur les lieux du crime sa propre cisaille ensanglantée. Tout d’abord, des bribes de souvenirs viennent assaillir celui qui a été adopté très jeune après la mort de ses parents dans un incendie. Ensuite, les meurtres à l’Exposition universelle se multiplient et ont tous un rapport avec lui. À chaque fois James se réveille dans une sombre ruelle sans un souvenir de ce qu’il a fait les heures précédentes. Le seul point positif est que le commissaire Émile Meyer, en charge de l’enquête, a libéré Wheel. Que les affaires peuvent reprendre avec l’aide également de Betty, la fille de Wheel, de l’âge de James. Mais plus les questions viennent hanter James, plus il risque de sombrer dans une paranoïa des plus traumatiques. Surtout, par ses actes, l’adolescent risque d’attirer sur lui le regard de la police. Et quand il se décide à faire appel à de la sorcellerie africaine auprès d’indigènes de l’Exposition, il franchit une nouvelle étape qui va l’amener à se confronter à ses doubles méphitiques.

De Charlotte Razon, on se souvient avec bonheur de son diptyque hommage au cinéma The Making of Ellie. L’autrice sait se réinventer et nous plonger dans une intrigue à tiroirs dont elle a le secret. Avec Jack avant l’éventreur, on n’a au début que peu de suspense : un crime, un dénommé James présent sur les lieux du crime, l’arme du crime lui appartenant, et lui n’ayant que peu de souvenirs de sa nuit passée. Pourtant, du suspense il va y en avoir à la pelle, et il va surtout être diaboliquement intelligent. Tout d’abord, il y a la structure du texte. Au début, on ne sait rien de l’enfance de James. On la découvre peu à peu, et elle a un lien avec Paris. Ensuite, il y a la quête identitaire et l’enquête qui va avec pour débusquer le coupable. Là, tout se mélange avec malice. On sent la précision de l’ossature de cette énigme qui devient de plus en plus complexe à mesure que James se retrouve de plus en plus sur le qui-vive. Enfin, il y a les rapports entre James et Betty, ce qui existe et ce que nous rappelle le protagoniste. Car tout du long de ce roman, le narrateur c’est James. Donc on voit par ses yeux, on doute par ses yeux, on est dans sa tête et on se demande ce qu’il omet. D’autant plus qu’à un moment, on a vraiment l’impression de passer avec lui à travers le miroir. Et puis Charlotte Razon nous ramène dans une certaine réalité, qui explicite bien des choses et qui prouve surtout qu’elle est habile et ingénieuse. Une très belle lecture noire à l’orée des frontières.

Mis à jour le 15 septembre 2026
En ce 1er mai 1878 à 9 h 42 du matin, ma vie vient donc de se compliquer d’un coup. Désormais, il ne me suffit plus de représenter dignement l’Angleterre à l’Exposition universelle de Paris et d’y rafler quelques prix pour assurer nos dix prochaines années : mon maître est suspecté d’avoir tué Alric Jäger, son ennemi juré.
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