Mikhalis Krokos est un écrivain qui n’a pas publié depuis quelques années. Peut-être parce que les enquêtes de son héros s’inspirent aussi de sa vie personnelle. Pour l’instant, il suit avec attention le procès de Johnny Depp et de sa compagne Amber, car c’est une source possible d’inspiration. Toujours est-il qu’il reçoit la visite d’une procureure qui vient lui demander un service : elle a été l’amante d’une personne trans, Rebecca, que Mikhalis connaît bien. Aujourd’hui, cette personne pourrait être la prochaine victime de groupes d’extrême-droite qui commence à pulluler dans la Grèce. Un groupe, notamment, travaille beaucoup avec les réseaux sociaux en multipliant les rumeurs, les ragots, trollant tout le monde pour imposer sa vision du monde. Le groupe aurait en ligne de mire cette fameuse Rebecca qui aurait vu quelque chose ou connaîtrait un secret dangereux. Bref, le GNIG, ce groupe, devient une menace. Comme ils recrutent de nouveaux membres et notamment des gens intelligents qui pourraient les aider à développer leur idéologie en ligne, Mikhalis devra infiltrer le groupe et identifier les menaces. L’écrivain accepte mais il a mis le nez dans un panier de crabes ou de serpents, en tout cas un panier de gens peu fréquentables, prêts à tout pour le mouiller dans des coups tordus afin de s’assurer de sa fidélité. Tout devient compliqué, surtout que Mikhalis comprend que la procureure a peut-être une autre idée en tête que d’aider Rebecca.
Beaucoup de bonnes idées dans ce roman de Makis Malafékas : l’organisation d’équipes pour contrôler les rumeurs et déformer les faits dans le sens des idées que l’on veut imposer, montée d’une extrême-droite décomplexée qui se prépare à prendre, d’une façon ou d’une autre, le pouvoir, enjeux financiers qui mettent à terre un pays. Le tout est raconté à travers un personnage excentrique : un écrivain qui se pique de jouer au détective, ici, engagé pour infiltrer des milieux nauséabonds. Il y a également de nombreuses scènes qui vont toucher le lecteur, entre humour et noirceur, dans un roman qui rappelle par certains côtés de dérision des textes de James Crumley avec des personnages décalés mais qui restent droits dans leurs bottes, qui sont brinquebalés mais essaient de s’en sortir en conservant leurs valeurs. Il reste une intrigue qui tourne un peu en rond et une histoire qui avance moyennement, qui s’offre souvent des dérapages contrôlés sans que le lecteur en voit profondément l’intérêt. L’ensemble ressemble à ces polars un peu décalés que l’on voyait fleurir il y a quelques années, mélange de littérature branchée, de romans pop/rock, de scènes qui emportent le lecteur plus qu’elles ne contribuent à l’histoire, et d’à-côtés drôles. Si l’on accepte ces « petites » réserves, si l’on passe outre, on découvrira un auteur intéressant, un peu à la marge du polar, une découverte des marges agréable, décalée mais amplement maîtrisée.