Au début du XXe siècle, le célèbre magicien chinois Chung Ling Soo écume les scènes européennes. Mais il a un secret indicible: il n’est absolument pas plus chinois que vous et moi. De fait, pour être visible au milieu de l’ensemble des magiciens de l’époque, il joue le rôle d’un illusionniste asiatique ce qui lui vaut une grande renommée (certes ses tours magnifiques sont aussi un atout). Avec son équipe, il vient d’arriver à Venise, en plein carnaval, et commence à répéter son nouveau spectacle dans la plus grande discrétion dans une salle de la ville. Sa femme est inquiète car elle croit voir passer des ombres fantomatiques dans la salle déserte. Chung Ling Soo essaye de la calmer mais cela devient difficile lorsque différents « incidents » surviennent : quelqu’un est parvenu à se glisser dans le théâtre et provoque des accidents qui pourraient coûte la vie au magicien. Toute l’équipe entend mener une enquête alors que des bruits circulent comme quoi le théâtre serait hanté depuis des années. En cherchant les indices, en traquant le fantôme dans les coulisses, dans les caves humides de la ville, dans les manifestations du carnaval, le magicien va aussi faire des rencontres intéressantes (même si intemporelles car c’est la magie de Venise !) et dévoiler ce que pourrait cacher cette mystérieuse présence acharnée à leur perte.
Pour son deuxième volet des aventures Chung Ling Soo, inspiré d’un personnage réel, Jean-Luc Bizien a choisi comme lieu Venise, qui est une haute figure de la ville magique (ou ensorcelée) de l’Occident. Glissant des références à la fois à Gaston Leroux par son atmosphère de fantôme dans un opéra (et le personnage vivait dans une zone humide cachée sous les fondations de la ville – ce qui est moins plausible dans la cité des Doges) et en faisant passer dans l’intrigue un personnage de bande dessinée – ou son auteur – lui aussi ayant représenté la ville. Toujours est-il qu’au milieu de descriptions de réels tours de magie, de promenades hallucinées dans la ville – peuplée de mystérieuses entités, de fantômes surgissant et disparaissant, de témoins finissant pendus alors que partout voguent des nappes de brume -, l’enquête s’avère bien plus classique et sérieuse. Il faut dire que ce personnage de magicien n’est pas de ceux à qui on peut cacher la vérité car il connaît l’illusion (une très jolie métaphore qui parcourt la série débutante). On comprend que le roman peut trouver sa place dans une maison d’édition se revendiquant de la pop culture : entre les références au genre, le côté rapide, rythmé et sautillant de l’intrigue, des personnages qui oscillent entre l’inventivité et le stéréotype, tout concourt à l’esthétique de la Pop. Voilà donc un deuxième titre qui confirme les qualités du premier alors qu’un troisième est déjà annoncé dans les brumes de Londres, autre ville entre magie et réalisme sordide. Jean-Luc Bizien devrait ainsi continuer avec bonheur les aventures d’un magicien charmant et charmeur.