Métropole futuriste tentaculaire des Caraïbes, Lanvil est secouée d’une série d’explosions meurtrières. La police piétine, mais Perroquet, enquêteur à la dérive, est persuadé de connaître le coupable. Privé de son assistance IA personnelle, il va devoir plonger dans les profondeurs d’Anba pour tenter d’empêcher l’utopie de se désagréger, tout en cherchant à renouer les fils d’une mémoire qui se délite.
Écrivain de la fusion, des langues comme des univers, Michael Roch avait inauguré, avec Tè Mawon, un passionnant hybride de cyberpunk, de polar, d’afrofuturisme et de poésie, dans une mégalopole tentaculaire où les divisions de classe, entre Anwo et Anba servaient de détonateur à un récit complexe et entrelacé. Avec ce second volet, il redescend dans les rues d’Anba pour suivre la double enquête de deux flics borderline, aux prises avec leurs propres démons. Perroquet, dit Perro, est sans doute le plus complexe, dont le visage masqué cache une personnalité en miettes depuis que son ayi (AI) a soudainement cessé de lui parler et de le rassurer. Son ex-partenaire, Dani, suit de son côté la trace de sa mère disparue. Deux trames assez classiques au service d’un polar qui serait plus “traditionnel” que son prédécesseur, s’il n’était, une fois encore, raconté dans une langue mutante, flottante, de plus en plus complexe, où le créole se mêle à l’anglais, à l’allemand ou a l’espagnol, où un changement de point de vue amène un changement de registre, et où la ponctuation se fait “imaginative”. Récit marqué par l’oralité, Ko Mawon s’écoute plus qu’il ne se lit, et ne fait souvent à peu près sens qu’après une lecture à voix haute.
Mais comme il serait trop simple pour Michael Roch de se contenter d’une “simple” intrigue de polar rhabillée de postulats S.-F., on trouvera aussi dans ce court roman une réflexion sur la naissance et le destin des utopies (sur leur fin aussi), sur l’usage de la violence, sur la mémoire et l’identité. C’est beaucoup, trop sans doute, et on finit par se perdre dans les multiples couches de sens qui viennent souvent parasiter la lecture. Reste, pour ceux qui parviendront à s’accrocher, des fulgurances stylistiques et narratives dans un récit désenchanté, crépuscule des idéaux universalistes que nous évoquait Lanvil.