Roxane est une élève de terminale comme les autres d’un lycée parisien. Enfin, pas tout à fait. Bien sûr, elle ne semble pas très bien dans sa peau. Peut-être est-ce dû à un déracinement. Ses parents ont en effet fui l’Iran. Et puis, il y a ce téléphone portable avec lequel elle surfe sur le Dark Net. Sous le pseudonyme de Soap, elle sert d’intermédiaire pour la vente de faux papiers. Mais Roxane n’a absolument pas l’impression d’être une criminelle. Ses motivations sont troubles. Sa solitude pourrait être la source. Un jour, un de ses clients souhaite la voir IRL (In Real Life), et elle a le tort de se laisser convaincre allant à l’encontre des règles les plus élémentaires car se faisant, son identité va être dévoilée. L’homme est un tueur qui souhaite effacer toutes traces de ses démarches (il a par le passé commandé des papiers d’identité) et il veut remonter jusqu’à Gaz, le seul qui a vu sa photo d’identité sans retouches. Alors, Roxane va partir à la rencontre de Gaz. Lui est aussi lycéen, il vit à Tours, il est aussi solitaire. Les deux adolescents vont tomber amoureux. Seulement, ils ont un tueur aux trousses et une équipe de policiers sur le dos.

On retrouve avec plaisir un duo de scénaristes chevronnés et talentueux. Mark Eacersall et Henri Scala ont déjà collaboré sur Gost 111 et Cristal 417. Ils prouvent encore une fois qu’ils ont un sens aigu de la narration, qu’ils ont mis au service d’une intrigue implacable efficace et qui dérange. On suit les pas de Roxane, cette adolescente (bourgeoise, comme le disent ses parents) qui va sombrer dans une certaine paranoïa. Faut dire que tout est fait au hasard de ses pérégrinations pour nous faire douter des gens qui l’entourent : les pages multiplient les inserts de communication sur un tchat du Dark Web donnant une scansion qui se confronte aux visages d’inconnus qui deviennent une menace potentielle. C’est joliment fait et le travail des scénaristes peut s’appuyer sur le dessin très typé de Jérôme Savoyen, néophyte en la matière, mais talentueux, et à qui l’on doit sûrement les virées de Roxane à Tours, sa ville d’adoption. Une bande dessinée longue (200 pages), mais qui se lit d’une traite, avec un rythme qui va s’accélérant avant un final qui laisse un goût amer, celui de deux adolescents qui sont passés du côté des adultes.