Renard rusé qui fait respecter la loi, Ney Quitson alias Sherlock Fox, a plutôt pour habitude d’enquêtes ordinaires comme le vol et le trafic de crème lissante pour la toison. Aussi ne s’attend-il pas à ce que le cas d’homicide qui l’appelle chamboule la société animaine en brisant un tabou. Le squelette d’un animaine a été découvert par deux amoureux en vadrouille. Sherlock Fox s’interroge sur les raisons de ce crime. Il attend avec impatience les conclusions du légiste. Or, ce dernier semble perplexe. Et si l’enquête s’avérait plus complexe et horrifique que prévue ?

Le scénario concocté par Jean-Denis Morvan est à la fois simple et complexe. Pour amener un message social, le scénariste n’hésite pas à nous faire découvrir dans un monde d’anthropomorphisme une société animaine qui a banni la zoophagie de ses mœurs. Par petites touches subtiles, Morvan interpelle le lecteur sur le végétarisme (évident) et sur les relations interraciales (moins évident mais à l’origine de la découverte du corps on a deux animaines d’espèces différentes qui folâtraient tout en craignant le regard, voire le jugement des autres et à qui Sherlock Fox répond : « Au contraire, c’est une victoire sur la nature que je ne peux qu’approuver. »). La série débute par un crime ordinaire qui permet de poser les éléments, de faire respecter l’ordre bourgeois (et de montrer ses travers) puis, après un bon tiers, on en arrive à ce qui va être au centre de la série : un cas de zoophagie particulièrement complexe, et surtout hallucinant. Le pire crime qu’un animaine puisse commettre. Avec cette idée « d’animaine », Morvan explique bien que l’anthropomorphisme est là pour révéler les instincts de notre société. Et pour ce faire, il s’est associé à Du Yu, illustrateur chinois talentueux, qui nous plonge à la fois dans un monde victorien sombre et un monde animal lumineux. Toutes les pages de la bande dessinée regorgent de détails ingénieux. Beaucoup de pages sombres, mais c’est bien dans celles très claires que l’on se rend encore plus compte de son talent. Reste à espérer que cette série initiée en 2014 trouve enfin sa suite. Car elle nous laisse sur notre… faim.