Agent de la DGSI, Lotfi Benattar est un policier atypique qui entend régler les affaires à sa matière. Surtout, il veut s’opposer à un chef dealer de la ville de Dunkerque qui a provoqué la mort de son neveu. Pour ce faire, il entend faire flèche de tout bois et utiliser chaque faille potentielle, chaque opposition entre les truands pour provoquer la chute de sa cible. Il n’hésite pas à sillonner la ville avec deux adjoints, jouant le policier corrompu pour se rapprocher du « méchant » qu’il veut faire tomber. Pendant ce temps, Lourdes, qui est une jolie fille, qui en a conscience et en abuse, sait aussi jouer du couteau. Elle vit en couple avec Victor et, ensemble, ils tentent des petites arnaques. La dernière a failli mal tourner car ils ont essayé de voler la recette d’une famille de gitans qui les a poursuivis. Puis ils ont été engagés par un mafieux pour aller récupérer une grosse somme prêté à un dealer. Là encore, ça a été un fiasco : le dealer a sauté sur Lourdes, avec des visées sexuelles, et elle a dû le poignarder avant de s’enfuir. Les différents groupes et gangs, sans compter les policiers, vont multiplier les chassés-croisés, Lotfi Benattar essayant d’attiser les soupçons et les bisbilles pour créer la guerre et faire tomber ou abattre par un autre clan son ennemi.
Ahmed Tiab développe un récit nerveux, ponctué régulièrement d’enlèvements, de gens bâillonnés et frappés. Le tout est souvent raconté de manière alerte qui permet de ne pas sombrer dans le glauque car plutôt traité avec humour, un peu comme une parodie légère. Évidemment, le texte reste noir avec des descriptions de scènes dures et se situe dans des zones urbaines déclassées, avec au centre trois personnages hauts en couleur dont deux sont des marginaux aux lisière de l’illégalité et le troisième, un policier sur une ligne étroite entre légalité et efficacité. Vous ne me tuerez pas deux fois se construit avec soin, et par sa vivacité offre une version alternative et « fraîche » à la vie des banlieues et à la lutte entre les gangs. Un roman plus qu’intéressant.