CHRONIQUES

livres • bandes dessinées • comics
Prix : 23,50 €
INFORMATIONS LIVRE
Édité chez
ISBN : 978-2-38399-231-8
Format : 23 X 15 CM
Année de parution : 2015
Titre original : House of Bone and Rain
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8 / 10

La Maison des os et de la pluie

Avec un joli talent de conteur, Gabino Iglesias nous présente une bande d'amis à la vie à la mort à Porto Rico dans des quartiers défavorisés. Une histoire terrible de vengeance à laquelle l'auteur mêle beaucoup d'éléments sociaux, noirs et fantastiques. Un mélange habile et bien dosé.

Porto Rico. De loin, des plages paradisiaques et une île appartenant aux États-Unis. Mais de près, c’est « déjà » une partie de la misère de l’Amérique latine, et les habitants n’ont pas forcément les mêmes droits que les Américains du continent. C’est aussi une île qui a conservé de profondes attaches avec ses anciennes religions. Gabe, Xavier, Tavo, Paul et Bimbo, cinq garçons des quartiers pauvres, ont vite appris entre eux l’entraide, y compris dans les moments difficiles. Et à présent qu’ils ont grandi, certains s’orientent vers des études universitaires tandis que d’autres vont affronter le monde du travail. Parmi eux, Bimbo, le plus torturé sans doute, vit avec sa mère célibataire qui tente de l’élever, en travaillant y compris comme videuse de boîte de nuit. Mais un soir, elle est abattue devant son lieu de travail. Pourquoi ? Par qui ? Bimbo qui vient de sortir de prison et s’est mis en ménage avec une Dominicaine qui espère ainsi obtenir ses papiers, décide de se venger. Il lui faut tout d’abord braquer l’autre videur qui doit savoir quelque chose et le faire parler. Si ses amis acceptent de l’aider, l’entrevue se passe mal : le videur leur annonce que sa mère était en train de monter son réseau de trafic de drogue et que cela ne plaisait pas au parrain local, le terrible Papalote. Serait-il derrière l’affaire ? En tout cas, le videur donne le nom des deux bras droits du mafieux qui pourraient être dans le coup. Et pour éviter qu’il ne parle, Bimbo l’abat. L’entente entre cette bande d’amis n’est alors plus la même. Quand l’un d’entre eux est retrouvé abattu après avoir été torturé, la question de la vengeance du gang se pose. Alors qu’une gigantesque tornade menace de s’abattre sur l’île, les amis vont essayer d’achever leur vengeance, ne serait-ce que pour empêcher les autres de les tuer. Pour cela, ils vont s’en remettre à des talismans de la Dominique.  Rendez-vous est pris dans un coin isolé, où le gang offre les corps de ses victimes à des monstres marins.

Comme souvent chez Sonatine, le récit oscille entre une intrigue policière ou noire (ici un groupe d’amis qui veut venger la mort de la mère de l’un d’entre eux), des éléments fantastiques (les restes de l’animisme et de la sorcellerie des peuplades caribéennes et des réminiscences assez lovecraftiennes) et des scènes choc (ici des scènes de violence pour obtenir des informations, la rencontre avec des monstres). Ces trois éléments forment l’arrière-plan d’une description forte sur une histoire d’amitié, de luttes contre la pauvreté, sur les « classes défavorisées d’un pays dont le seul rêve est de pouvoir émigrer aux États-Unis. Tout cela est construit autour de personnages vivants et crédibles, où les éléments fantastiques s’intègrent naturellement dans l’histoire, pour créer une intrigue forte et prenante. Un roman qui ne se lâche pas du début à la fin. Un bon moment de littérature tout court, s’appuyant sur les mauvais genres que nous apprécions.

Mis à jour le 2 septembre 2026
On était excités. On avait peur. On avait plein de projets. Et puis la mère de Bimbo s’est écroulée sur le trottoir avec deux balles dans la tête, et le sang a noyé tous ces projets.
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