Valère vit avec son père, contremaître dans une usine qui élabore des aliments pour animaux. Ce père, ancien berger, obligé de venir travailler en « ville » a dû quitter à regret ses montagnes. Et c’est lui qui l’a fait entrer dans une usine où Valère se sent maltraité. Accolé à l’usine, il y a des cages pour des animaux sur lesquels on teste les aliments. Valère est chargé de passer ses journées à nettoyer les cages et c’est un travail pénible et peu gratifiant, surtout que les responsables passent leur temps à lui crier dessus. Ses seuls loisirs sont de partir avec son père dans la montagne pour en découvrir la grandeur mais les escapades sont plus compliquées depuis que la mère est morte et que le père se sent vieux. Heureusement qu’il y a Lisa, son épouse, aide soignante, et son enfant qu’il regarde grandir et qui tous deux pourraient être un réconfort. Mais, à l’usine, des remarques fusent sur la cuisse légère de l’épouse et Valère se sent de plus en plus isolé. Ne pouvant se passer de calmants, il a de plus en plus des hallucinations, voit des gens tourner avec des armes autour de sa petite maison, imagine les pires choses. Un jour ou l’autre cela pétera. Il le sait, il s’y prépare.
Le récit d’Antonin Feurté se décompose en deux parties qui alternent : l’une relate la fuite de Valère dans la montagne après son passage à l’acte violent et l’autre propose des retours en arrière qui évoquent sa vie, son travail dur et âpre, et ses relations compliquées avec les autres. Véritable réquisitoire social sur l’aliénation au travail, sur l’incapacité d’empathie de la plupart des gens, sur leur méchanceté naturelle, et en même temps, ode désespérée à un retour à la nature quasiment impossible, Lâcher les chiens s’installe sur ce « genre » de textes réalistes autour du monde du travail, de la dureté de la vie, de la façon dont nous sommes coincés dans des rôles et des forces qui nous broient, et nous en offre une version âpre et noire, forte et vibrante, qui restitue avec brio la trajectoire de ce « looser magnifique ».