Comme le titre du roman d’Eli Cranor l’indique nous retrouvons ici une région particulièrement rurale et « paumée » des États-Unis. L’industrialisation a disparu, victime de la récession et de la concurrence étrangère. Dans le cas précis, c’est même une centrale nucléaire qui employait une grande partie de la ville qui s’est arrêtée et a provoqué la chute de la région. Dans la ville de Taggard, il reste (entre autres) la famille Ledford. Il s’agit de blancs, suprémacistes qui se livrent à la fabrication de la meth, cette drogue qui envahit les régions pauvres. Ils veulent même avoir plus de pouvoir et sont prêts à une alliance avec des Mexicains, pourtant hyper violents. Dans cette ville, il y a également, Jeremiah Fitzjurls. C’est un vétéran, sniper du temps de la guerre du Vietnam, et qui est revenu pour tenir une casse automobile. Il lui reste une petite fille, Joanna, qui vit avec lui. Il a déjà eu affaire aux Ledford, quand il a tiré sur certains membres de la famille qui s’introduisait dans sa casse pour obtenir gratuitement des pièces. Depuis, la famille lui en veut, et certains se disent qu’enlever la jeune fille et l’offrir en cadeau aux Mexicains pourrait à la fois constituer un beau cadeau de paix et une belle vengeance. Mais tout ça va aussi impliquer un retour à la violence de Jeremiah…
Écrivain américain qui, comme la plupart, s’inscrit dans un territoire et le décrit avec soin, Eli Cranor continue à nous présenter, dans la lignée d’un Daniel Woodrell, d’ailleurs cité en exergue du roman, les zones déshéritées des petits blancs qui luttent pour essayer de survivre dans un univers de plus en plus hostile. S’appuyant sur une intrigue simple, sur l’antagonisme entre les deux familles et les gens autour qui savent plus ou moins ce qui se passe, le roman se déroule de manière classique, mais forte et prenante, avec des scènes qui restent en mémoire, n’oubliant pas de bien détailler les personnages qui demeurent des être vivants, en proie aux doutes et aux soucis, avec une empathie forte. Encore un ouvrage qui place Eli Cranor dans les auteurs avec lesquels il faut compter.