Peu avant la Seconde Guerre Mondiale, en plein cœur de l’exposition universelle de 1937, une série de crimes sordides défie les enquêteurs. Plusieurs victimes, que rien ne relie apparemment, retrouvées avec une balle dans la tête. En pleine période d’instabilité politique, alors que la IVe République vacille et que la menace nazie s’amplifie, ces meurtres enflamment la presse populaire lorsqu’il apparaît que l’assassin est allemand. Dernier condamné à mort guillotiné en public, Eugène Weidmann devient alors un “nouveau Landru”, un ogre à la réputation bien supérieure à ses tristes “faits d’armes”.
Succès éditorial né d’un pari risqué, la collection True Crime des éditions 10/18 a fait le choix de publier des récits retraçant des affaires criminelles réelles. Le genre du True crime, particulièrement populaire outre-Atlantique, étant chez nous marqué d’un certain mépris (souvent mérité) qui le confine aux revues telles que “Détective”, aux articles racoleurs et sordides, se lancer dans une telle aventure n’avait rien d’évident. Pourtant, en choisissant principalement des affaires emblématiques et en les traitant d’une manière journalistique en évitant tout sensationnalisme facile, la collection réalise fréquemment des reportages au long cours d’excellente tenue, qui éclairent autant les faits que l’époque où ils ont eu lieu. Pour fêter ce succès, l’éditeur se fend d’un format exceptionnel, rendant hommage à l’aspect feuilletonnesque de la presse criminelle d’avant-guerre autant qu’à tout un pan de littérature policière fasciculaire telle qu’éditée par Ferenczi ou Taillandier. Divisé en quatre livrets semi-poches publiés à petit prix sur l’ensemble du mois de mars, L’Affaire Weidmann rompt également avec le format habituel en offrant une iconographie profuse, tirée de clichés de presse de l’époque, et en offrant, petit supplément bienvenue, une énigme-jeu à déchiffrer à la fin de chaque épisode.
Pour ce support ludique et attractif, Cyril Gay, co-fondateur des éditions Marchialy, choisit une affaire emblématique, celle d’Eugène Weidmann, le “tueur au regard de velours” comme l’a baptisé la presse, petit-bourgeois allemand dont les parents se sont inscrits très tôt au NDSAP, passé du trafic de devises au kidnapping puis au meurtre dans une spirale criminelle où il entraîne un jeune couple de malfrats français impressionnables. Serial killer de bas étage, Weidmann tue pour des sommes ridicules, pour une voiture, une poignée de traveller’s chèques et ses motivations échappèrent jusqu’au bout à ses défenseurs. Inspirant à la fois Jean Genet (qui entame son premier roman, Notre-Dame-Des-Fleurs, par un portrait du tueur) que Colette, qui suit l’affaire pour Paris-Soir, Weidmann devient alors une figure culte, dont l’exécution entraîne de tels débordements qu’elle pousse le gouvernements à mettre un terme aux exécutions publiques. Mais tout en se concentrant sur le parcours criminel de Weidmann, Cyril Gay n’omet pas de décrire en détail le contexte historique : celui de la Cagoule, de l’agitation des Ligues d’extrême-droite, de la montée en puissance du nazisme (Weidmann fut un temps soupçonné d’être un agent de la Gestapo), d’un pays encore marqué par l’affaire Landru, qui découvre alors le crime en série. Il signe avec ces quatre fascicules un panorama, parcellaire mais bien mené, d’une époque troublée dont on peut espérer qu’il inspirera (au moins d’un point de vue graphique) le reste de la collection à venir.

L’Affaire Eugène Weidmann : un fait divers historique, 1937-1939
Volume 1, « Association de malfaiteurs » (30 P. 4,95 €) : 978-2-264-08755-3
Volume 2, « Une saison de meurtres » (30 P. 4,95 €) : 978-2-264-08756-0
Volume 3, « Le Tueur au regard de velours » (30 P. 4,95 €) : 978-2-264-08757-7
Volume 4, « La Procès avant la potence » (30 P. 4,95 €) : 978-2-264-08758-4