On a assez exprimé nos doutes sur la doxa voulant que tout ce qui vient des pays nordiques soit frappé du sceau du génie, créant toute une industrie locale de produits ultra-formatés, ce n’est pas pour bouder son plaisir si l’un est réussi, tout en restant extrêmement classique, mettant en revanche et en évidence la porosité actuelle entre polar et horreur.
Vårberg, une petite ville près de Stockholm, 3 heures du matin. Les agents de police John Jakobsson et Einar Bofors répondent à un appel signalant un cambriolage dans un camping désert en cette saison. Les y attend une vision digne d’un film d’horreur : un homme a été mis en pièces à coup de hache. Le seul témoin potentiel est un jeune homme de dix-sept ans, sous le choc. Mais les policiers déchantent vite : le jeune homme s’appelle Hugo, fils de l’écrivain de bleuettes à succès Bernard Sand. C’est lors de l’un de ses accès de somnambulisme qu’il s’est retrouvé sur ce camping. S’il a été témoin de quelque chose, il ne se rappelle de rien ! Hugo qui rêve de partir au Canada retrouver sa mère héroïnomane retournée dans son pays natal pour lutter contre son addiction à la drogue. Chargé de l’enquête, le policier Joona Linna s’avère impuissant alors que les meurtres à la hache se succèdent. Tous les portraits-robots indiquent que le tueur est une tueuse, une femme aux longs cheveux blonds. Seul point commun entre les victimes : des accusations de violence sur enfants, lorsqu’il ne s’agit pas de simples témoins… Joona va devoir faire appel à son ami, l’hypnotiseur Erik Maria Bark, pour essayer d’extirper la vérité des profondeurs du cerveau d’Hugo…
Le duo signant sous le pseudonyme Lars Kepler se serait-il inspiré de l’intéressant film suédois Sleepwalker de Johannes Runeborg ? (Quoique, la situation y était différente : un homme tentait de se filmer pour savoir ce qu’il arrivait durant ses crises de somnambulisme.) Ce hou-fais-moi-peur montre aussi la porosité du genre avec l’horreur, sa tueuse en série à la hache semblant sortie d’un avatar des Scream (qui au passage, si l’on enlève le côté sanglant, s’avèrent être des whodunit traditionnels…). L’emploi de l’hypnose, lui, relève du roman populaire de papa. Lars Kepler ne vise pas le thriller-Netflix et avance dans son intrigue avec une grande clarté, même s’il s’agit d’un marabout-d’ficelle classique, et ses personnages n’évoluent pas devant un écran vert totalement abstrait faute de descriptions… « Classique » est d’ailleurs ici le mot-clé : on ne trouve là rien qu’on n’ait vu ailleurs (parfois en mieux, très souvent en moins bien), tant dans l’intrigue que les personnages. Et si le tout n’est pas toujours des plus vraisemblable, c’est la rançon du genre, et le roman est servi par une traduction que l’on imagine irréprochable. Il ne faut cependant pas y chercher fraîcheur ou nouveauté, plutôt un plaisir immédiat. Ce qui est déjà pas mal !