Printemps 1962. Le lieutenant Térien est engagé en Algérie, lors de la guerre (ou des événements). Exaspéré par ce qu’il a vu et vécu, il a même été tenté de rejoindre les putschistes. En tout cas, le voilà, au côté de Roger Degueldre, le chef des commandos delta, un groupe secret qui organise des attentats et des meurtres pour continuer la lutte à la fois contre les Algériens « rebelles » et contre les Français qui veulent la paix. Ce que Degueldre ne sait pas, c’est que Térien a finalement été retourné par les services secrets français et espionne pour le compte de Melnick, le chef d’une officine ultra-secrète auprès du Premier ministre. Térien vit donc à Alger, dans une semi clandestinité, avec quelques amis et une jeune femme qu’il vient de rencontrer et dont il est tombé amoureux, même si celle-ci est la fiancée d’un autre militaire lié aux putschistes et actuellement dans les montagnes cherchant à créer les futurs maquis qui devront continuer le combat. À Alger, viennent aussi d’arriver des équipes spéciales d’espions chargés de liquider, de torturer et d’annihiler l’organisation de l’armée secrète, les groupes de « résistants à la politique gaullienne ». Térien a fort à faire dans ce chaos : des factions françaises qui se font la guerre, y compris entre partisans de la même cause ; des espions du Premier ministre qui ne doivent se mélanger avec ceux du général ou ceux plus officiels de la République, tandis qu’en face, les Algériens luttent pour leur liberté mais aussi s’entre-tuent pour savoir qui commandera après le départ des Français. Sans parler de militaires restés loyalistes à la République mais qui ne veulent pas que soient abandonnés les Algériens qui ont choisi le camp français.
Tout le talent de Vincent Ejarque est, à travers le parcours de ce soldat, de décrire, avec précision, la situation complexe du moment, des derniers instants de la France algérienne. On entend parler des accords de paix, on voit les tensions entre les différents clans et même à l’intérieur des clans. Térien essaie de survivre à tout, tout en préservant son honneur, ce qui n’est pas forcément évident dans un monde qui se déglingue. Cette ambiance de fin de règne, ces luttes entre groupuscules, les problèmes moraux que cela peut poser, ceux qui ont décidé d’aller jusqu’au bout, tout le monde grouillant de la Capitale sont présentés au sein de scènes fortes, de moments heureux comme de moments sanglants, avec une puissance d’évocation impressionnante. On a vraiment l’impression de vivre, de l’intérieur, ces derniers moments d’une situation particulière, rendus avec force et de manière intelligente. Un très bon roman noir et historique.