Nous sommes à Venise. Un peu l’ambiance du carnaval. Toujours est-il que des groupes masqués se déplacent et se retrouvent dans les ombres propices d’un vieux palais vénitien. Contre une grosse enveloppe, remplie de billets, ils entrent et vont pouvoir se livrer à une nuit de débauches, d’orgies, de parties fines agrémentées de l’absorption de toutes les drogues possibles et inimaginables. Seul problème, une nouvelle drogue est offerte et elle a des effets secondaires particulièrement violents. Les gens se frappent, les quelques gangsters qui organisaient et surveillaient la soirée tirent dans le tas, ce qui excite encore plus les participants qui s’entre-tuent ou meurent de convulsions. Seuls quelques comparses et truands s’évaporent, horrifiés, dans la nature. Quelques heures plus tard, une famille française arrive à Venise pour passer un week-end. En voulant réparer une fuite sanguinolente dans la salle de bains de l’appartement qu’il loue, le père de famille passe dans l’appartement d’à côté qui n’est autre que le lieu où s’est déroulé la bacchanale. Il trouve des sachets de drogue et beaucoup d’argent. Que va-t-il faire ?
Le court roman de Lionel Destremau se compose de deux parties : la description sauvage de la fête qui commence comme un mystère avant de virer en un pandémonium, bien construit par l’auteur et décrit avec soin. Puis une deuxième partie où un personnage lambda voit sa vie se transformer par cette découverte et ce qu’il pourrait en faire, comme si la folie collective et « maîtrisée » de la première partie répondait aux moments de folie « rationnelle » que vit le père pour réussir sa vie « d’après ». Les deux parties se répondent bien avec force et créent un univers – dont on devine les clefs avec des événements réels dont on a eu quelques traces dans l’un ou l’autre faits divers de ces dernières années -, d’une noirceur forte et dont les images restent vivaces, même le livre reposé.