CHRONIQUES

livres • bandes dessinées • comics
Prix : 24,50 €
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Édité chez
ISBN : 978-2-08-047077-5
Nombre de pages : 866
Format : 24 X 16 CM
Année de parution : 2026
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9 / 10

14 Juillet

Panorama noir et sanglant des premières années de la Mitterrandie, entre guerres, attentats, magouilles et corruption, cet ultime volet de la trilogie politico-criminelle de Benjamin Dierstein clôt en apothéose l'une des plus grandes fresques sur l'histoire contemporaine de la France. Une trilogie exigeante, mais indispensable.

Passé l’état de grâce suivant l’arrivée au pouvoir des socialistes en 1981, la France se réveille avec la gueule de bois. Poursuite des attentats, guerre au Liban, menaces indépendantistes en Corse occupent les Unes quotidiennes, alors que les socialistes s’apprêtent à céder eux-mêmes à une politique d’austérité. Menacé par les magouilles de la droite, la montée du Front National, les rivalités entre services de police, et contraint de protéger la vie secrète de François Mitterrand, le camp de gauche, pour lequel travaille désormais Jacquie Liénard, a fort à faire. Et pour mettre un terme aux attentats meurtriers commandités par la mystérieuse Khadidja Ben Bouazza et son complice le Pinzutu, les alliances les plus improbables deviennent indispensables.

Remarqué dès sa première série de romans, déjà une trilogie, pour ses polars denses, ne reculant ni devant la violence, ni devant une écriture parfois expérimentale, Benjamin Dierstein s’était rapidement fait une place parmi la nouvelle génération des auteurs de romans noirs. Poussé (au crime ?) par son admiration pour James Ellroy, le “Mad Dog” du polar US, il se lance alors dans le pari fou de composer un cycle romanesque qui serait comme un écho made in France à la monumentale sage d’American Underworld. Au “maître”, il emprunte son style : haché, scandé, ses répétitions et ses énumérations parfois proches du slam, mais également ses personnages torturés, ambivalents, ce regard sans concession sur les turpitudes humaines, son goût pour l’Histoire documentée, sourcée, terrain de jeu d’une déconstruction salutaire. Mais, comme il le prouve magistralement avec 14 Juillet, Benjamin Dierstein n’a rien d’un copiste appliqué. Si l’ensemble de sa fresque, qui couvre près de quinze ans de l’histoire de la société française, expose, point après point, les collusions, la corruption et les sales magouilles de nos gouvernants, de droite comme de gauche, il n’oublie jamais un certain sourire en coin qui perce dans des personnages bien plus mesquins et ordinaires que ce qu’en dessinent les hagiographies qu’on leur consacre. Et dans cette satire décapante tout le monde en prend pour son grade : politiciens complètement largués, conseillers aux dents longues, flics nourris de haines recuites, gangsters dépassés ou terroristes bornés, il y a une balle ou une bombe pour tout le monde.

Plus encore que dans ses deux précédents volets sans doute, Benjamin Dierstein s’amuse avec l’Histoire, interroge nos propres souvenirs de la période, entremêle le vrai et le faux, souffle le froid et le chaud car, comme il le précise d’emblée, “Rien de ce qui suit ne s’est passé de cette façon.”  Exercice virtuose, dans une ère de fake news et de “réalités alternatives” brandies par des politiciens de tout bord, 14 Juillet, qui accélère encore le rythme, complique son intrigue et démolit ce que l’on avait cru comprendre sans négliger le moindre fil narratif (quitte à les boucler dans le sang), est un véritable feu d’artifice, un tour de force d’écriture comme on en lit peu mais dont on se souvient longtemps !

Publié le 11 mars 2026
Mis à jour le 11 mars 2026
Elle se servit un deuxième Martini et l’avala cul sec. Son sang se mit à bouillir. Son cerveau lui fit l’objet d’une machine à laver en fin de cycle. Des images de cadavres allongés dans la rue des Rosiers crépitèrent devant ses yeux.
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