Au début de cette histoire, le personnage s’appelle Escher. Ce nom pourrait dire quelque chose à certains de nos lecteurs car c’est celui d’un peintre spécialisé dans les faux semblants, les escaliers sans fin, les dessins trompant la perspective. Franz Escher, le personnage du roman, n’avait lui, pas même fait le rapport avant qu’une future ex-petite amie lui offre un puzzle de l’autre (M. C. Escher). Et puis il a été tellement pris par le puzzle qu’il en a oublié la petite amie. Enfin bref, Escher a un problème d’électricité et attend le réparateur en lisant un livre sur un jeune mafieux italien, devenu repenti et qui se trouve en prison en attendant d’être exfiltré vers un autre pays. L’électricien arrive et, suite à une erreur de Escher, se retrouve mort électrocuté. Alors, Escher reprend son livre retraçant les aventures du repenti. Ce même repenti qui attend en prison en commençant un livre sur un gars qui attend l’électricien…
Inspiré par M. C. Escher, Wolf Haas a décidé d’écrire une histoire policière qui joue avec les fausses perspectives et les détournements : une mise en abyme, à l’instar des boîtes de camembert avec des moines qui tiennent des boîtes de camembert où il y a d’autres moines… Le roman se replie sur lui-même tout en avançant. Le lecteur vit là une expérience plus que singulière de deux récits qui se répondent, racontent ce qui est pourrait être une seule histoire, avec des rebondissements et surtout beaucoup d’humour. On sent l’auteur qui jubile (et nous fait jubiler) avec les désarrois de ces deux personnages qui interviennent chacun dans l’intrigue de l’autre. Il se permet même le luxe de redoubler les choses au fil de son histoire. Surtout, Wolf Haas parvient à la terminer par une jolie pirouette. Entre un personnage qui est désolé d’avoir tué quelqu’un, même s’il préfère ne pas trop en parler, et un repenti qui refait sa vie dans un pays dont il doit apprendre la langue, de nombreuses scènes jouent entre le noir classique et l’humour bon enfant. Le tout crée un livre étrange, à la magie opérative forte (pour qui accepte un peu de fantaisie à la Italo Calvino) et offre un roman particulier et intelligemment mené.