CHRONIQUES

livres • bandes dessinées • comics
Prix : 20,50 €
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ISBN : 978-2-07-303221-8
Nombre de pages : 234
Format : 21 X 14 CM
Année de parution : 2026
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8 / 10

Les Maisons parachutées

Didier Daeninckx nous propose une intrigue dont il a l'habitude et qui revient sur la grande histoire en multipliant les petites au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Documenté, son roman aide à comprendre une époque et des confrontations d'idéologies. Un retour bienvenu !

Fils d’un commissaire abattu sans doute à tort par les résistants, l’inspecteur Philippe Orbec vit en 1952 à Nevers et tente de faire son travail le plus honnêtement possible. Dans un coin de la ville, la reconstruction bat son plein. C’est à cette occasion que l’on découvre trois cadavres, trois hommes tués chacun d’une belle dans la tête. Il s’agit d’un règlement de comptes vieux de quatre ans, ce qui empêcherait sans doute de croire à des exécutions de résistants (ou au contraire de collaborateurs). Orbec cherche tout d’abord à mettre des noms sur les trois morts, et parvient à en retrouver un premier, grâce à un bracelet que les assassins n’ont pas vu. Ce bracelet prouve que ce le mort en question a été un déporté et entraîne les investigations du policier du côté des forces communistes du département, qui sont en plein combat entre différents courants, ceux qui aimeraient un parti vraiment français et ceux qui suivent les ordres de Moscou (au cœur de ce combat idéologique, l’affaire Marty). Mais l’enquête se complique encore et revient sur la Deuxième Guerre mondiale, du côté de l’annexe d’un camp d’extermination, à Redl-Zipf, avec en toile de fond une histoire de faux billets.

Après un (relatif) silence, revoilà Didier Daeninckx, un auteur qui comme souvent frappe fort : nourri d’une documentation forte, mélangeant la « petite » histoire, celle du quotidien des gens, et de comment ils vécurent la Deuxième Guerre mondiale, la reconstruction et les premières années de la IVe république et la grande histoire avec des références classiques mais impeccables aux milieux anarchistes, aux Espagnols, aux résistants de la première heure, aux déportés, à l’histoire, somme doute aussi rocambolesque de la fabrication de faux billets pour faire couler les économies anglo-saxonnes et sur la tentative par les différents pays occidentaux de s’emparer des savants allemands pour reconstruire une industrie, un armement et une puissance après la guerre. Comme dans ces grands romans historico-politique-judiciaires des années 1970-1980, Didier Daeninckx sait jouer avec sa documentation pour l’ancrer dans une enquête serrée, ici, à travers un inspecteur têtu qui se déplace beaucoup, ce qui permet aussi de décrire la France de ce début des années 1950, encore pauvre et prolétarienne. On croisera de loin des personnages qui parleront à nos lecteurs plus âgés, comme Jean Gabin ou Jack Ralite, au sein d’une intrigue classique, mais sérieuse et parfaitement maîtrisée. À une période où l’on voit certains de nos grands auteurs plus anciens nous quitter, il est réconfortant de retrouver un Didier Daeninckx en pleine forme, en pleine maîtrise de son art pour nous offrir un roman noir captivant.

Publié le 17 avril 2026
Mis à jour le 17 avril 2026
Orbec l’écoutait, le regardait en se disant que de ces mains qui avaient arraché des tonnes de granit au sol autrichien, pour bâtir les monuments d’un ordre qu’il combattait, naissaient aujourd’hui les délicates friandises dont les dimanches midi des bourgeois nivernais étaient agrémentés.
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