Gien, une ville des bords de Loire connue surtout pour sa faïence (et son château). Dans cette ville, une fonderie, celle du patriarche, Bertrand Morin, qui la dirige malgré son grand âge et les remarques sur la pollution qu’elle entraîne. À ses cotés, sa fille Juliette, qui l’aide depuis que Gabriel est parti sur Paris pour tenter de devenir acteur, abandonnant sa sœur et son grand pote, Kader. Kader, lui, continue à errer dans la ville, en bossant ici et là, en trafiquant un petit peu pour arrondir les fins de mois et en doublant sa paye en devenant videur pour une boîte de nuit. Mais un soir, alors que Kader rejoint sa camionnette après son travail, il découvre Juliette, blessée, frappée, amnésique. Il l’aide et le père appelle Gabriel à la rescousse pour reprendre l’usine, le temps que sa sœur aille mieux.
Quelques jours plus tard, Kader est à son tour victime d’une agression sauvage. Karine, une jeune gendarme, est chargée de l’enquête. Les deux affaires sont-elles liées ? Est-ce que les petits arrangements avec la loi, les pièces d’automobiles trafiquées revendues au noir, expliqueraient cette agression ? Y a-t-il un rapport avec les travailleurs au noir qui peuplent l’usine (et dont l’un serait en train d’essayer de se rétablir discrètement après un accident de travail) ?
S’appuyant sur une évocation sombre, noire et bien rendue d’une petite ville qui entre en déliquescence, peuplée de gens qui ont pour la plupart perdu leurs repères ou cherchent des solutions qu’ils ont même du mal à imaginer, le roman de Simon François se concentre sur trois-quatre personnages, protagonistes de l’histoire, pour présenter, à travers les fidélités, le passé, les envies de s’en sortir, ou celles au contraire de vivre en respectant des racines. L’arrière-plan social et politique n’est pas pour autant pas négligé, comme dans tout roman noir qui se respecte, et l’ensemble est construit par l’auteur avec soin, dans une intrigue très maîtrisée, qui sait alterner les points de vue et raconter une histoire forte, prenante et intelligemment conduite. La Plupart des hommes est un roman qui mérite amplement le détour.