Paris, en juin, demain ou après-demain. La ville étouffe, non pas sous la chaleur (encore que, merci le réchauffement), mais sous la menace quotidienne d’attentats au drone. Frappant aveuglément une population qui, lorsqu’elle le peut, se terre, ces attentats apparaissent, sinon commandités, du moins téléguidés par la Russie ou les États-Unis, ou peut-être les deux, pour empêcher la Présidente de la République, Émilie Cornelly, de mener à bien un projet de fusion des armées entre la France, l’Allemagne et la Pologne, destiné à créer une nouvelle puissance à même de résister aux autoproclamés “maîtres du monde”. Alors que le vote approche, la situation se tend et les attaques se font toujours plus sanglantes, jusqu’à une prise d’otages massive. Le gouvernement va-t-il céder ?
Journaliste et romancier, Thomas Bronnec s’est spécialisé dans le polar politique, l’exploration des zones obscures du pouvoir et de ses conseillers, plus ou moins occultes, se nourrissant du quotidien pour mieux extrapoler un proche avenir souvent dystopique. Et il faut bien admettre que la marche du monde lui donne largement matière à faire ce pas de côté narratif sans perdre en crédibilité. Ainsi, il est facile de reconnaître en Roy Patterson et Nikita Malishev deux autocrates bien réels, prêts à largement s’entendre pour se partager le monde. De là à s’en prendre de manière détournée à un groupe de pays qui menacerait leur hégémonie ? à financer des terroristes et planifier des attentats ? À utiliser la peur comme un instrument de “deal” vis-à-vis de leurs alliés ? Il y encore quelques années, cela aurait paru exagéré, et Toute l’infortune du monde aurait fait figure de techno-thriller alarmiste. Mais plus maintenant, et les événements imaginés par Thomas Bronnec sont hélas devenus atrocement plausibles. Mais comme il en a l’habitude, le romancier ne laisse jamais le journaliste prendre le pas, et son nouveau roman est porté par des personnages forts, tiraillés entre convictions et réalisme, entre peur et ambition. De la présidente, hantée par des décisions politiques importantes à son conseiller prisonnier de ses choix, d’un opposant politique d’extrême-droite à un ancien otage fraîchement libéré des prisons russes, tous opèrent en humains faillibles, souvent dépassés par des situations impliquant des nations entières.
Page turner terrible de réalisme, Toute l’infortune du monde excelle dès lors qu’il aborde les tractations ou les arcanes de la politique, mais achoppe lors des scènes “d’action” (attentat, assaut contre des terroristes) qui, racontées sous forme de dépêche ou de rapports, perdent un peu de leur intensité. Mais ce n’est qu’un détail mineur, et dans l’ensemble cet excellent roman d’alerte (après tout, qu’est ce qui nous protège de tels événements ?) a amplement mérité le prix Landerneau Polar 2026 qui vient de lui être attribué