CHRONIQUES

livres • bandes dessinées • comics
Prix : 24,90 €
INFORMATIONS LIVRE
Édité chez
Collection :
ISBN : 978-2-37686-716-6
Nombre de pages : 450
Format : 20 X 19 CM
Année de parution : 2026
Crédits
Contexte
CHRONIQUES > LIVRES >
8 / 10

Génération Body Horror

Torturé, brûlé, dévoré, transformé, le corps est, dans les récits d'horreur, soumis aux pires extrémités pour effrayer, voire traumatiser, lecteurs et lectrices. Et quel meilleur moyen y aurait-il de susciter la répulsion que de s'attaquer à ce qui fait notre individualité, ce véhicule de chair fragile opposé à l'immense panoplie des dangers quotidiens. Une analyse pointue et captivante de Morgane Caussarieu et Fleur Hopkins-Loféron sur un sous-genre du cinéma.

Variante extrême du fantastique, l’horreur corporelle ou Body Horror, est cette catégorie de récits qui touchent à l’intime, qui fouaille les chairs et bouscule les limites. Un sous-genre trash (mais pas toujours) où abondent les mutilations, où l’on peut se dévorer soi-même, s’implanter divers parasites, se dupliquer pour mieux se détruire, devenir pierre, plante ou monstre. Un point limite de la terreur où s’expriment les terreurs refoulées et où l’intégrité physique et mentale est constamment sur la sellette. Relativement récent, le genre du Body Horror, hérité de ce qu’on a appelé, à la fin du XIXe siècle la littérature frénétique, et trouverait ses précurseurs chez Baudelaire ou Lautréamont, semble surtout remonter, selon Morgane Caussarieu et Fleur Hopkins-Loféron aux expérimentations cinématographiques de David Cronenberg (La Mouche en particulier), mais aussi The Thing de John Carpenter ou Re-animator de Stuart Gordon , et rencontre depuis quelques années un véritable succès à travers des films comme Titane de Julia Ducournau ou The Substance de Coralie Fargeat, qui secouent le box-office sans renier leur radicalité. Ici, l’horreur n’est plus cette intrusion du surnaturel dans le quotidien, elle se niche sous la peau, dans les corps eux-mêmes. S’étendant comme une tumeur, ce rejeton malade se devait d’être exploré dans toutes ses variations, comme le font ici les deux autrices, qui découpent la production Body Horror en thématiques (en sévices subis ou volontairement infligés plutôt) pour mieux l’analyser : découpage, cannibalisme, mutation, infection, pourriture, nécrophilie, parentalité toxique, hybridation défilent ainsi dans une foire aux atrocités que n’aurait pas renié Ballard. Un catalogue macabre appuyé de multiples références, cinématographiques, littéraires ou universitaires mais également de déclarations d’auteurs et autrices, et d’illustrations nombreuses réalisées pour l’occasion.

Dense, d’une lecture parfois éprouvante à mesure que les autrices nous confrontent à toutes sortes de tabous, Génération Body Horror est une porte ouverte en grand sur tout un pan torturé de l’imaginaire qui pousse à réfléchir à notre propre mortalité et pose, en creux, la question : qu’est ce qu’être humain ? Quelle que soit la réponse apportée, ce guide essentiel nourrira tout autant vos piles à lire que vos cauchemars.

Publié le 27 avril 2026
Mis à jour le 27 avril 2026
Au cours de notre existence notre corps n’a de cesse de changer : il grandit, se couvre de poils et de boutons, se blesse, tombe malade, se brise parfois, vieillit, s’abîme, puis meurt, sans que nous ne puissions faire grand-chose contre le caractère inéluctable de notre propre fin.
CONTINUEZ VOTRE LECTURE..