Camille est une jeune femme qui a trouvé un manoir un peu isolé. Elle s’y est installé et a découvert une étrange propriété de la terre de sa propriété. : lorsqu’on y enterre quelqu’un, cette personne peut revenir sous forme de fantôme. L’ancien propriétaire a également laissé une bête étrange et mystérieuse, qui mange tout et qu’elle garde, protégée dans son arrière-cuisine. Mais Camille a aussi reconverti les lieux en villégiature pour femmes abandonnées, délaissées, voire poursuivies par des compagnons. Elle leur permet de se remettre en forme le temps nécessaire, certaines étant même là depuis un certain moment. Si par hasard, un « mari » jaloux ou un souteneur vient pour récupérer son « bien », Camille n’hésite pas à le conduire jusqu’au lieu où vit sa bête qui en fait son repas. Mais le dernier proxénète venu a beaucoup commenté son intention de venir rechercher son bien et Tamburlaine, un policier particulièrement retors, rôde autour du manoir à la recherche d’indices. Inquiète, Camille se demande, d’autant plus que sa bête est morte d’indigestion !, si elle ne ferait pas mieux de se reconvertir. Et pourquoi pas en attirant des fantômes pour que les familles puissent leur parler…
Catherine Dufour est sans doute plus connue par les amateurs de science-fiction, d’anticipation et de fantasy, autant de genres au sein desquels elle a livré quelques petits bijoux littéraires, toujours un peu décalés, toujours intéressants et intelligemment menés, comme lorsqu’elle revisite des contes de fées ou la pièce Lorenzaccio de Musset. Ici, elle nous offre sa version particulière d’un cosy crime : un manoir, une dame qui héberge des femmes paumées et tente de redonner un sens à leur vie. Mais il y a un monstre animal qui traîne, des fantômes qui se baguenaudent, un policier à la Columbo qui tourne et rôde autour de sa « proie » ( mais se révélera être autre chose que ce à quoi on s’attendait.). L’ensemble est primesautier, plein d’inventions, déplaçant sans cesse son intrigue, avec au centre une femme qui essaie de s’en sortir, joyeusement amorale (et en même temps très morale), entourée de personnages hauts en couleurs, vivants, drôles. Le fond de l’histoire, une fois accepté avec ses crimes et enterrements traités sur le mode du quotidien, sur des tasses de thé et des gâteaux que l’on mange pour faire passer la dureté du travail, des fantômes qui rappelleront les grandes heures du cinéma français classique (Sylvie et le fantôme, par exemple) crée un roman à la fois doux et piquant, acidulé et agréable, à l’image de la couverture. Une réussite dans l’art de raconter, à la manière de Catherine Dufour, de façon décalée et réjouissante. Un roman finalement bien noir sous ses couleurs chatoyantes.