Irlande, comté de Kerry en 1980. Le pays reste encore sous domination du patriarcat et les choses ne sont pas faciles pour les femmes. Mary Shea est la fille d’un policier, mais elle a dû batailler pour pouvoir entrer elle aussi dans les services de la police. Elle traîne son ennui dans une petite ville, surtout utilisée pour servir le thé et écouter les remarques déplacées de ses collègues. Mais elle est amenée à se trouver sur les lieux d’un meurtre horrible : un bébé à peine né a été poignardé puis son corps posé sur la plage. Elle repère quelques éléments dont le fait que la serviette sur laquelle repose le corps est peu mouillée ce qui donne une tranche horaire courte après la pluie. Comme elle fait part de ses observations à l’inspecteur Foley, détaché de Dublin, elle est prise à ses côtés, au grand dam de ses collègues. Les heures passent et l’on va découvrir une jeune fille qui a accouché et n’a plus de bébé. Il est assez facile de voir en elle la coupable idéale surtout que, comme sa famille s’est un peu rebellée, la police a utilisé la manière forte et les policiers ont besoin de se dédouaner devant leur hiérarchie en continuant à enfoncer la famille et plus particulièrement la jeune fille. Mais Mary a d’autres idées et cherche la vérité, aussi désagréable soit-elle, malgré les remarques phallocrates et la pression de ses collègues.
Ouvrage classique du roman noir, où un personnage doit lutter pour trouver sa place dans l’enquête, dans la société, et qui partage les points de vue de certaines des victimes ou des accusés, Les Silencieuses propose une vue en coupe d’un pays un peu figé dans un passé, et dans des valeurs particulières. La tentative de la policière pour changer les mentalités, par son exemple, y compris celle de son père, officier, pour essayer de donner une image positive de son métier aux victimes, malmenées par les pressions sociales, politiques, policières, offre offrir un roman intelligemment mené.