Été 1981. Condamnée par ce que l’on appelle pudiquement une longue maladie, en dépit des médicaments qui retardent l’échéance, Émilie est partie vivre dans une ancienne bergerie où elle vit en autarcie avec Michel, son ami et amant. Un retour à la nature contrarié le jour où un forcené s’introduit chez eux et les massacre au fusil. Le commissaire lunaire Marceau est chargé de l’enquête et découvre une grotte où s’était installé l’assassin, sans doute bien avant ses proies. Le couple était juste au mauvais endroit au mauvais moment. Non loin de là, on retrouve la carcasse d’une voiture qui permet de remonter à une société toulousaine de livraisons : la voiture a été vendue à un employé renvoyé pour faute grave. Il avait étouffé un colis sous un prétexte aberrant, colis contenant un fusil semblable à celui du meurtre. Un certain Tiburce Legendre, doux dingue traumatisé par les moqueries dues à son prénom et une enfance difficile, qui vient justement de disparaître, laissant derrière lui Nicole, son épouse peu éplorée… Épouse dont le dernier amant en date, Maurice Sénéchal, a également disparu. Or des recherches démontrent que ce Maurice Sénéchal n’existe pas. Qui donc s’amuse au petit jeu des changements d’identité ?
Un roman qui se situe encore une fois entre les frontières des littératures dites « noires » et « blanches », ce no man’s land où l’on trouve les textes les plus intéressants. Ce qui ne veut pas dire que l’enquête est traitée par-dessus la jambe, bien qu’elle se termine sur une pirouette cruelle qui rappelle un film déjà un brin vieux (l’ennui, c’est que dire lequel serait déflorer…). Elle est surtout l’occasion d’exposer des personnages, des vrais, dont certains pas forcément indispensables à l’intrigue stricto sensu contribuent néanmoins à l’histoire en un univers qui, en moins noir, rappelle celui de l’excellent Léo Betti1. Laurent Toquet sort alors sa carte maîtresse : un vrai style, qui touche à l’os sans affèteries inutiles, sans jugement sur ses personnages, surréaliste quand il le faut, et qui pourrait faire rougir bien des littérateurs des salons où l’on cause, surtout pour un premier roman. Une preuve supplémentaire que si on cherche un brin de fraîcheur, il faut la chercher du côté des « petits » éditeurs de plus en plus menacés en ces temps monopolistiques…
1 Vous ne l’avez pas encore lu ? Alors pourquoi perdez-vous votre temps à lire cette chronique au lieu de vous précipiter ?