CHRONIQUES

livres • bandes dessinées • comics
Prix : 20,50 €
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ISBN : 979-10-226-1522-8
Nombre de pages : 230
Format : 22 X 14 CM
Année de parution : 2025
Titre original : È notte sul confine
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8 / 10

La Nuit sur la frontière

Véritable roman d'espionnage à la Graham Greene (c'est-à-dire complexe et mélodramatique), La Nuit sur la frontière est le baromètre d'une époque où les tensions avec la Yougoslavie de Tito étaient à leur paroxysme. Pietro Spirito nous révèle tout ça dans un roman d'espionnage captivant.

Trieste, 1970. Le journaliste Ettore Salassi se retrouve à enquêter sur la mort dans des conditions très étranges du jeune militaire Settimo Santo. Ettore Salassi, ancien membre de la Decimas Mas, unité fasciste pendant la Seconde Guerre mondiale, est aujourd’hui un espion du SID qui rend régulièrement compte de ses recherches orientées auprès d’un colonel. C’est aussi un voleur patenté de livres dans les librairies de la ville. Un être solitaire doté d’une moustache à la Charles Bronson comme dans Adieu l’ami, qui vit seul dans l’appartement de ses parents décédés, et croise dans l’escalier la ravissante et énigmatique Slovène Maja Kralj dont il est amoureux et/ou obsédé. Mais en enquêtant sur la mort de Settimo Santo, Salassi va surtout se retrouver en danger. Car Trieste, au début des années 1970 qui annoncent les années de plomb, est une ville portuaire à quelques encablures de la Yougoslavie de Tito ; des rumeurs courent quant à un coup d’État en Italie orchestré par le prince Borhese, ancien responsable de la Division Mas. Des luttes larvées opèrent entre militants d’extrême droite et de gauche. Sans compter les trafics d’armes. Trieste est une poudrière qui va faire des étincelles. Et ça, Ettore Salassi en est conscient. Surtout depuis la mort du pêcheur Moleca, dont le corps a été découvert à Punta Sdobba. Moleca a été un de ses informateurs sur cette affaire, et Moleca aimait pêcher là où est le poisson avant d’être lui-même pris dans d’autres nasses. Mais Salassi est un journaliste qui a le métier chevillé au corps, et il va chercher la vérité au détriment de sa sûreté, et ce d’autant plus que des espions yougoslaves de l’UDBA et des trafiquants d’armes sont également de la partie.

Pietro Spirito nous plonge dans les années 1970 avec beaucoup de talent. Il nous déroule un complot (entre le trafic d’armes et le coup d’État) tout droit sorti de la guerre (des fascistes sur le retour), avec sous-jacent, les frontières encore délicates, à redessiner et à valider entre l’Italie et la Yougoslavie. On découvre du côté de Trieste une espèce de no man’s land où tous les coups sont permis avec des patrouilles tant yougoslaves qu’italiennes qui jouent à se faire peur. Et puis il y a cette faune d’individus à Trieste : militaires, journalistes, flics, trafiquants, pêcheurs et espions. L’ambiance de ces années-là est parfaitement rendue. On se rend compte de l’impact des journalistes, ou de l’image de cet impact. Au milieu de tout ça, on trouve Ettore Salassi, un être complexe, joliment dessiné, qui est entré il ne sait trop pourquoi à la Decima Mas, qui l’a regretté, qui a fait de la prison pour ça, qui a été abandonné par son père (anarchiste de gauche), mais qui tente tant bien que mal de comprendre pourquoi à l’époque il a fait un choix qui allait à rebours de ses valeurs. C’est une personnalité complexe, qui peine à se révolter, qui est en colère mais qui va trouver ici une enquête initiatique, dont il va apprendre à démêler les fils (et ils sont nombreux). L’auteur italien ne nous propose pas seulement un plan de coupe de Trieste dans ces années-là, il n’explique pas seulement les tenants et les aboutissants de la politique de l’époque, il déroule une intrigue obscure et crade qui tient du roman noir à l’américaine, et que son personnage de journaliste va mettre au jour depuis un lit d’hôpital. Le tout dans une veine romantique et littéraire de l’époque.

 

Mis à jour le 8 juin 2026
Salassi releva le défi. Il mit en œuvre tous les outils de l’art de la séduction, affinées durant des années d’interviews de ministresn d’assassins, de putes, de drogués, de policiers et de misérables de toutes sortes. Et finalement, il réussit à ouvrir une brèche dans la carapace de Moleca
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