Nous sommes en 2023. Au nord de la Suède, près de la frontière avec la Russie, dans la Laponie profonde, il existe une base peu utilisée mais qui sert pour les entraînements. L’armée suédoise, qui avait toujours eu une vocation à demeurer neutre, commence quand même à prévoir des entraînements avec l’OTAN afin de pouvoir intégrer cette alliance, car elle se méfie de plus en plus du grand voisin slave. À ce titre, pour commencer les opérations, une femme, officier suédoise, y a été envoyée afin d‘accueillir un groupe de parachutistes français menés par le capitaine Puech, venus pour s’entraîner dans des conditions climatiques extrêmes. Les choses se compliquent pour le capitaine quand il découvre que la population est hostile à l’alliance et manifeste contre les Français, qu’un ancien traducteur irakien de l’armée française, émigré en Suède, risque d’être renvoyé dans son pays (les Suédois entendent céder à la pression turque pour intégrer l’OTAN et livrer les soldats d’origine kurde) et que l’officier suédoise lui transmet un groupe de cahiers qu’elle a découvert sur la base et qui remonte aux années de la seconde guerre mondiale. Ces cahiers vont révéler un pan de l’histoire de la Suède et de cette base pendant la Seconde Guerre mondiale. La Suède voulait rester neutre, même si cette neutralité lui a permis de commercer avec l’Allemagne nazie. Mais la base était aussi sous la direction d’un officier qui avait une profonde admiration pour Goering. Dans cette base passèrent des soldats français, anglais, entre autres. Un des officiers français tomba même amoureux. C’est grâce à ce réseau de connaissances que des Suédois firent passer des documents aux Alliés, notamment sur le génocide en cours. Mais un jour, sur la base, on retrouva le soldat français mort, sans trop savoir qui se cachait derrière cette mort, entre luttes des différents camps qui devaient « cohabiter » parfois sur une base neutre, rivalités amoureuses, ou divulgations de secrets lourds pour la Suède et qu’il ne fallait pas voir dévoiler (notamment l’achat de matériel – y compris militaire -, et de fer en lingots d’or volés aux juifs et « blanchi » par les industriels suédois).
Comme de bien entendu les deux périodes se répondent avec des soldats français, des intrigues amoureuses, des liens d’amitié et de fraternité, des secrets de guerre et de trahison, racontés avec soin (l’histoire de la Suède neutre est une suite d’hypocrisies bien rendues). Tout le talent d’Olivier Truc réside dans la description de ces histoires qui s’entremêlent, des destins d’habitants des pays froids, du regard porté aux militaires comme condensé de l’humanité entre des rigoristes, des traîtres, des prêts à composer avec la morale ou au contraire d’autres qui ont une haute notion de leur responsabilité. L’assassinat du soldat français fait partie des événements plus qu’il ne donne une tonalité policière à un récit beaucoup plus centré sur l’histoire, sur des « particularités » de cette guerre comme l’idée de neutralité qui s’associe à comment transmettre les informations sur la Shoah qui menace. Base toundra est un texte intelligent, qui met en perspective les deux périodes, sans les faire forcément correspondre, pour présenter une vision du monde, une forme d’humanité, en s’appuyant sur le froid et ces pays nordiques que l’auteur affectionne.