Jeune femme coréenne évoluant dans une société profondément masculiniste, Yuhui a pris le parti d’en rester un peu à l’écart. Comme elle aime les plantes, elle décide d’ouvrir son magasin de fleurs, des fleurs qu’elle cultivera elle-même dans le petit jardin derrière sa boutique. Elle s’installe donc dans un quartier excentré, sans savoir qu’il va devenir très prisé et qu’elle va acquérir une très grande réputation. Mais à côté de ses fleurs, Yuhui va de nouveau être confrontée directement ou par l’intermédiaire de ses clientes à la pesanteur des hommes. Dans un mouvement de colère froide, elle va en tuer un dans sa boutique et, tout naturellement, le découper en morceaux dont elle se servira comme engrais. Comme le dit le proverbe – Chassez le naturel il revient au galop -, et une fois que l’on a commencé dans la voie du compostage humain, il est difficile de revenir en arrière, surtout que les occasions offertes par les hommes augmentent… Et quand un policier s’interroge sur la raison qui pousse des gens à disparaître dans un quartier où ils ne vont pas forcément, au mépris de toute logique et de toute statistique, les choses peuvent encore se compliquer.
Le roman de Minyoung Kang est aux confins de deux genres particuliers : s’il a bien une intrigue proche du policier, vue du côté de la « coupable » qui semble en fait avoir bien raison de se comporter comme elle le fait, l’histoire est également proche du feel good book, avec son atmosphère très tranquille, de vie en harmonie avec la nature et les plantes. Les assassinats sont appréhendés de manière assez euphémisée, comme ressortant comme naturels, comme nécessaires et logiques. C’est cette joyeuse immoralité (ou amoralité) qui fait le sel d’un récit particulier, plus intimiste que vraiment noir, un peu à la manière de Noblesse oblige et qui pourrait mériter un détour de lecture. On notera également une édition olfactive en tirage limité.