Nous sommes en 1864 aux États-Unis. La guerre de Sécession a commencé, mais toutes les États ne sont pas encore totalement touchés. À Jaspiertown, la guerre est encore un peu loin et les enfants continuent de jouer avec insousciance. Mais ils jouent à la guerre, car c’est de leur temps. Alors qu’ils se battent « pour rire », les armées des deux forces en présence se rapprochent et des voyous, qui espèrent y gagner quelque chose, ont décidé de lancer une offensive sur cette petite ville, histoire de gagner un peu d‘argent et de prendre du bon temps. Cette attaque va préciser les trois principaux jeunes de cette histoire dans le conflit. Sans le vouloir, ils vont devoir fuir, essayant de retrouver des compatriotes, de survivre. Enrôlés dans un camp puis, prisonniers, ballottés d’un endroit à l’autre, ils feront la rencontre de journalistes qui racontent cette guerre (dont un futur écrivain connu sous le nom de Mark Twain) et un certain Dylan Stark.
Les Enfants de la foudre est un roman qui sonne comme un retour aux sources. Pierre Pelot a commencé sa « carrière » littéraire il y a une soixantaine d’années avec un roman mettant en scène un certain Dylan Stark. Et ce même personnage vient « hanter » le début et la fin de ce texte. Une autre forme de retour aux sources avec la littérature pour adolescents ou mettant en scène des ados avec ces trois personnages brinquebalés par les événements dans une suite de dérives guerrières vues à hauteur d’homme, c’est-à-dire sans trop bien comprendre ce qui se passe, à part des cris, des coups de feu, des corps qui tombent sans parler de références à d’autres titres ou récits (La Drave par exemple) qui transpercent le texte comme autant de petits cailloux. Mais, durant cette soixantaine d’années, Pierre Pelot a peaufiné ses histoires, enluminé son style, et il nous présente cette histoire rude et sauvage (avec une version de pré-camps de concentration) dans sa dureté, rendue à merveille par des phrases complexes, hachées, poétiques, faisant vibrer l’humanité des personnages et la beauté des décors, au long d’une sorte de road movie halluciné, dont certaines scènes restent en mémoire bien après la lecture. J’ai bien dit retour aux sources, et non boucle, car cela pourrait sous-entendre que c’est une sorte de clôture et s’il y a bien quelque chose impensable, c’est qu’une telle voix, qui joue avec les genres, qui les transcendent pour nous offrir des romans pétris d’humanité, de force, cherchant même dans la noirceur des êtres et des situations une envie de continuer, de respirer et de regarder la vie en face, se taise. Les Enfants de la foudre se savoure comme la nouvelle virevolte d’un amoureux des mots et des récits, d’un conteur qui nous réjouit encore.