Alors que va débuter le fameux festival du théâtre de rue d’Aurillac, un cadavre, ça fait désordre. En l’occurrence un cadavre abandonné dans une crique jugée maudite et difficilement accessible, sinon aux connaisseurs sachant qu’on y trouve des champignons rares. La commissaire Nora Banks, fraîchement mutée depuis Bordeaux, se charge des premières constatations. D’abord, l’inconnu ne portait qu’une peau de bête façon Néandertal moyen, ce qui n’est pas si étonnant, les déguisements étant monnaie courante durant le festival. Ensuite, on lui a prélevé un morceau de chair du dos… Le seul indice est ce laisser-passer du théâtre de rue réservé aux compagnies et professionnels durant la durée du festival. Un badge vieux de dix ans, au nom de la compagnie Albemuth. Un badge qui va la mener à la mystérieuse artiste Lilith Hess dont les spectacles sont réputés pour être viscéraux et provocateurs…
Un roman qui pourrait être proche du polar « de milieu », où l’intrigue s’efface devant la description justement d’un milieu donné. On échappe à cette définition (et aussi au morne « polar régional ») par la description vivante de ce milieu que l’autrice connaît bien, sans forcément chercher le plaidoyer pro domo ou le sensationnalisme, plutôt une véritable vision de l’intérieur. Pas non plus de didactisme, mais juste assez pour que l’amateur intéressé ait de quoi faire ses propres recherches (notamment grâce à la liste des références en postface). On échappe également au syndrome téléfilm du samedi après-midi par un côté vivant, en plus d’être crédible, même si le style pourrait avoir un peu plus de mordant. Il est sûr que l’enquête est assez classique jusqu’à son dénouement, même si on évite les pseudo-révélations tirées d’un chapeau qui polluent le genre ces derniers temps. À découvrir…