Daniel Pabst, est un vieux garçon qui vit encore chez sa mère. Enfin, vivait, car elle commence à en avoir marre, surtout qu’il aurait ramené ou fréquenterait des femmes de petite vertu. Toujours est-il qu’il doit trouver de quoi travailler. Il se fait alors engager pour entrer dans une agence de détectives privés. Il va être chargé d’une mission a priori facile et sans risque puisqu’il s’agit de prouver la réalité d’une liaison entre une femme et son amant, pour le compte d’un mari qui veut divorcer. Et voilà, notre détective qui attend la rencontre du couple infidèle en s’ennuyant, mais surtout en réfléchissant à une vision qu’il a eu dans les bureaux de son nouveau patron : quelqu’un est venu pour devenir son associé et a laissé une mallette avec l’argent nécessaire. Pourtant il semble qu’un autre intervenant a profité d’un moment de vide pour échanger la mallette avec une autre. Qu’est-ce que cela cache ? Tout au long de cette enquête, de ces balades, de mystérieux chiens, de tout genre, de toutes races, se retrouvent avec régularité, comme les oreilles coupées dans un film de David Lynch, pour laisser douter de ce que nous vivons et donner un autre sens à l’intrigue, mais lequel ?
Voici donc un roman qui conclut la trilogie de Sébastien Gendron « Le Grand livre des animaux » de manière particulière. Le début et la fin du roman font référence au zoo nouvelle manière qui parcourt l’ensemble de la série. Ici, nous sommes plus dans le concret, dans le quotidien, dans le presque banal. Un banal qui tourne autour de pavillons dans des rues vides, de bureaux sans âme, de virées en voiture qui ne mènent pas à grand-chose, des gares, immeubles ou maisons désertes au milieu de nulle part. La seule trace d’humanité c’est cette présence muette de chiens qui ponctuent régulièrement l’intrigue. Il y a tout ce côté acide d’un David Lynch, ce regard entomologique d’un auteur, maîtrisé parfaitement par Sébastien Gendron, en s’appuyant sur une histoire de polar classique avec cette agence de détectives qui se trouve coincée dans de petites enquêtes sordides et quotidiennes. Cela permet de conclure avec élégance une trilogie au ton particulier mais intelligente et littéraire, qui offre une bonne aération au genre français.