À White Sands, en plein désert loin de tout, Omar Boukkari Malaterre attend son rendez-vous Anton Rivstoski lorsqu’un tir de sniper met fin à ses jours. Un assassinat qui n’est pas sans conséquences : Omar était la patriarche de la puissante famille Malaterre et sa mort risque de relancer un conflit larvé avec la famille ennemie les Dalla Costa alors que le conflit s’étend au monde de la finance — quelqu’un mettant méthodiquement des Malaterre sur la paille en faisant capoter leurs entreprises. Anton découvre vite que tout est arrangé pour lui faire endosser la culpabilité du meurtre. Sauf que les « familles » ne sont pas que des riches connectés : leurs membres sont également plus ou moins immortels, capables de se ressourcer en puisant dans des « sources » d’énergie dissimulées aux quatre coins du monde. Des sources devenant de plus en plus rares, autant que les convoités Sabliers dont découle le pouvoir des familles. Pendant que d’autres têtes tombent, Anton est bien tenté de fonder une nouvelle Famille avec une petite nouvelle comme l’a fait Edouard Malaterre des éons plus tôt. Mais si tout ceci était lié à la colla scura, cette matière qui compose l’univers ? Comment suivre un compte-à-rebours lorsque le temps lui-même est chamboulé ?
Il y a longtemps que Richard Canal n’a plus rien à prouver comme transfuge, tant pour son excellent Gandhara (passé injustement inaperçu) ou son œuvre aux plus qu’estimables éditions du Caïman (ou ledit Gandhara a été rebaptisé Les Aigles dorés de l’Hindou-Kouch). Là, il revient un peu en arrière en termesd’imaginaire, mais avec des influences plus… cathodiques… Un point de départ qui manque un brin d’originalité : combien de luttes entre familles de vampires/sorciers/êtres surnaturels (rayez les mentions inutiles) a-t-on vu ces dernières années ? Et plus encore, c’est devenu une tarte à la crème de la moulinette du petit écran… car on a l’impression de se retrouver devant un projet de mini-série pour plateforme transformé en roman : les nombreux personnages ont un minimum de caractérisation, le lecteur prend le train en marche (mais en découvre assez au fil du récit pour combler les trous), on est face à toute une série d’événements aux quatre coins du monde que l’on est en mal de relier entre eux avec une action majoritairement en dialogue, comme dans ses séries où, après un épisode de 90 minutes, on est bien en mal de dire ce qui s’est passé exactement… Oui, mais on oublie toujours ce petit détail, certes pas indispensable pour vendre du papier, qui s’appelle le talent. Le style de Richard Canal est magnifique et évocateur tout en ayant l’élégance suprême de se faire oublier et, un peu comme dans les anciens romans d’espionnage, crée peu à peu une sensation de vertige vue l’ampleur de ce qui est brossé au point, sans déflorer, de tutoyer le cosmique. Le mieux est encore de se laisser prendre par la main et d’accepter d’aller là où ce maître conteur voudra vous emmener, surtout que, pour une fois, la conclusion est parfaitement satisfaisante. Ceux qui aiment les intrigues tirées au cordeau peuvent passer leur chemin, les amateurs de grande aventure, en revanche…