Clément, un jeune homme qui découvre la musique, a récupéré une Fender et a commencé à composer. Afin d’assurer sa carrière, il se présente à une journée organisée par des producteurs pour repérer les nouveaux talents. Il fait sensation et une autre candidate, une jeune femme, est également remarquée. Tandis qu’ils commencent leur carrière, la jeune femme a besoin d‘un compositeur et tout naturellement, les producteurs lui proposent Clément. Les deux artistes accrochent bien et, même s’ils poursuivent une route solo, ils se mettent à collaborer. C’est alors que Clément est contacté par un Anglais très connu dans la musique et qui travaille en ce moment sur le disque d’un girls band qui devrait cartonner. Clément est d’autant plus intéressé qu’il est le fils (jamais reconnu) de cet homme. Il ne le sais pas avant de le rencontre mais ce dernier est un drogué, gros joueur (et surtout gros perdant), égocentrique à la puissance dix. Tout peut déraper et donc tout va déraper.
Ghostfather est un récit court et nerveux, tendu comme une corde d’arc. Ponctué par des extraits de chansons qui renvoient à l’action ou aux états d’âme des personnages, le roman est tout sauf linéaire. Il louvoie entre la chronologie, les personnages pour offrir un texte qui commence comme un conte de fées avant de virer au noir, parce que, sans doute, c’est la tendance naturelle des événements. On perçoit les références, on reconnaît tel ou tel musicien (y compris la triste série des 27), on voit les détails (parfois explicités pour les néophytes par des notes de bas de page courtes et intelligentes), on sent l’atmosphère noire évoquée à travers certaines de ses thématiques (le jeu, la drogue, l’accident qu’il faut cacher, les maîtres chanteurs, les vols – physiques ou d’idées) qui forment une ossature sur laquelle l’auteur va pouvoir broder, ciseler, ses variations, afin de construire un court roman efficace, fort et prenant. Une nouvelle gageure réussie par Éric Calatraba.