Claire passe la plupart de son temps entre son travail et des passages à l’hôpital où elle aide des personnes en fin de vie. Après s’être tu longtemps, un malade sur le point de décéder l’appelle et commence à lui raconter sa vie. Ancien soldat de l’armée belge devenu mercenaire au Congo, il a participé à des actions sanglantes. Sur le point de mourir, il veut se « faire pardonner ». En parallèle, des notables des services spéciaux, âgés mais encore influents, s’inquiètent car si le mercenaire les a menacé de tout révéler, est-il en capacité de le faire ? On le surveille discrètement dans son mouroir et on cherche à comprendre s’il a la possibilité de faire passer des messages discrètement à l’extérieur. En parallèle également, un homme spécialisé dans les « antiquités » douteuses apprend que le vieil homme qui doit mourir conserve discrètement chez lui des preuves de ses crimes et notamment des parties du corps d’un opposant politique à la colonisation belge, tué lors des événements qui ont ensanglanté le pays au début des années 1960. Et l’homme connaît des amateurs qui aimeraient posséder ce genre de « reliques ».
Nouveau roman de Paul Colize, La Saison des pluies revient sur une affaire qui a troublé, perturbé, empoisonné la fin de la colonisation belge au Congo : la mort de Patrice Lumumba. À travers le regard d’une simple femme qui écoute les confessions d’un homme mourant (et les dernières pages éclairent de façon inattendue cette prise de parole), c’est l’occasion pour l’auteur de raconter de nombreux épisodes de la fin de la période, par le prisme d’un homme qui a participé aux crimes commis. S’appuyant aussi sur d’autres personnages qui éclairent ainsi l’histoire et ses répercussions (y compris les plus sordides comme celles menées par l’antiquaire), le roman offre ainsi des échappatoires, d’autres angles de vue et relancent l’intrigue en proposant des pauses, les révélations du personnage central étant éprouvantes. Cela permet d’avoir un roman fort, jouant sur différents registres, dont celui de l’intime, pour raconter un pan de l’histoire belge, et par delà, de l’Occident colonialiste. Un bon roman, utile et prenant.