CHRONIQUES

livres • bandes dessinées • comics
Prix : 22,50 €
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ISBN : 978-2-330-21961-1
Nombre de pages : 330
Format : 22 X 15 CM
Année de parution : 2026
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9 / 10

L’Île hallucinée

Auteur :

Avec L'Île hallucinée, Julien Freu confirme qu'il est un auteur à part dans le microcosme littéraire, c'est-à-dire un auteur talentueux capable de mettre son style au service d'une intrigue originale. Drame insulaire avec son lot de secrets enfouis, le roman commence par un enlèvement et un chien surgit du passé. Majestueux !

Bienvenue à Hurlin, cette île qui constitue un microcosme à part. C’est là que par un bel été de 1996, le jeune Paul Salmon disparaît… Les enfants Anh et Jonas, onze ans, rencontrent alors un chien nommé « Tilt », d’après sa plaque d’identité, qui les amène au cadavre de Paul, le crâne défoncé. On fait venir du continent le capitaine Dozert, policier excentrique et désagréable, pour mener l’enquête. Seul problème au témoignage des enfants : Louen, chef de la police locale, reconnaît parfaitement le chien Tilt, de son nom à leur description. C’était le sien, et il est mort il a vingt ans. Mais des enfants de l’île, surnommés par eux-mêmes le Clan des Trépassés, découvrent une piste menant à la déchetterie, domaine du vieux fou Crassac. L’opération tourne mal : Dozert prend une balle dans la hanche, mais le ravisseur est abattu, emportant son mobile dans la mort. Dozert restera handicapé à vie. Fin de l’histoire… ou son début, comme une vision l’affirme à Akh ? Car durant l’été 1997, l’île est terrorisée par des monstres jaunes, les Ouikinze, hantant les rêves des enfants. Des monstres au service de la terrible Porteuse de Feu, la mauvaise conscience hantant encore l’île. Dozert, lui, cherche toujours à comprendre pourquoi ce fou de Crassac, qui n’avait même pas de casier judiciaire, a enlevé Paul Salmon – qui en fait était allé le trouver. Or par le passé, Adam Salmon, le grand-père de Paul, était chef de la police d’Hurlin, et s’était immolé par le feu en 1961. Mais pour comprendre cette longue série de drames, il faudra résoudre le mystère de la Porteuse de Feu…

Attention, il y a dans ce roman ce qui manque le plus souvent : un style, une atmosphère, une personnalité. Un style, difficile à définir, travaillé sans être lourd, poétique sans s’appesantir, en disant toujours un peu plus qu’il ne devrait tout en réussissant à épaissir le mystère. Et l’atmosphère est celle de cette île-microcosme en pleine déliquescence estivale, lieu paradisiaque et en même temps parsemé de secrets inavouables, surtout quand tout le monde les connaît. Personnalité, parce que ce roman ne rappelle personne d’autre, pas d’autres récits, ou alors de façon toujours périphérique. Mais ce n’est pas tout : en plus, il y a une vraie intrigue là où on fait souvent semblant d’en mettre une qui ne tient qu’avec du scotch. Les mystères s’empilent, celui de base, ceux de l’île elle-même au travers d’une intrigue complexe et cette chose intangible qui fait la vérité des êtres, lorsque les personnages ne sont pas tout simplement inoubliables comme Anh et Jonas, amoureux lunaires qui en savent plus que leurs onze ans (mais qui écouterait un enfant ?). Et le tout, quoique majoritairement rationnel, est aussi profondément fantastique, dans la quintessence du genre plutôt que ses marqueurs évidents, qui explosent au final. Bref, tout simplement un des meilleurs romans de la saison, voire de l’année, qui ne cesse de se bonifier dans sa mémoire, offrant un plaisir de lecture à la fois exigeant et profondément satisfaisant. Vous n’en trouverez pas beaucoup comme celui-ci !

Publié le 12 mars 2026
Mis à jour le 12 mars 2026
L’île était pleine de secrets. Elle était plus qu’un lieu, plus qu’un territoire. Elle était constituée non pas de falaises, de criques, de marais et de landes, mais de temps, de récits, de souffrances et de crimes. Ça la constituait bien plus que la roche et le sable. Et son prisonnier, à présent muet dans son cachot de métal rouillé, avait accès à cette matière interdite. Les secrets avaient jailli de sa bouche, un flot torrentiel, maudit, une vomissure acide qu’il lui ferait ravaler coûte que coûte.
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