Gustave est rentier à Paris en 1889. Ses passions ? Une collection de cannes dont chacune est adaptée à une situation particulière, une sortie possible. Il collectionne aussi les ouvrages rares, qu’il feuillette de temps en temps. Son principal bonheur : sa cuisinière, Séraphine, qui lui concocte des repas fabuleux. De même, il lui présente des poèmes qu’il aime afin qu’elle les adapte en termes de plats succulents restituant l’ambiance, selon lui, du poème. Elle est mariée à Augustin qui lui sert de valet dans la maisonnée. Mais un jour, Séraphine ne réussit pas totalement un repas. C’est parce que leur voisin, un être frustre, bat sa femme et la cuisinière est perturbée par l’événement. Quelques jours plus tard, le mari en question est retrouvé mort, assassiné. Séraphine soupçonne son mari, même si un inspecteur chafouin voit aussi en Gustave un coupable potentiel, l’arme du crime pouvant être une canne-épée !… Puis c’est au tour d’Augustin de disparaître. Fuite ? Meurtre ? Gustave s’en moque car cela lui permet de retrouver sa Séraphine en pleine forme, même si l’inspecteur rôde un peu trop autour de leur domicile. Et quand Gustave tombe amoureux d’une certaine Laure, qui entend « gérer » aussi les recettes, la tension monte.
À un moment, dans le cours du texte de Raphaël Jerusalmy, on aperçoit passer un roman de Joris-Karl Huysmans. Sans doute une référence subtile à son roman À rebours dans lequel Des Esseintes est lui aussi un rentier pourvu de manies plus ou moins étranges (entre autres, il fera orner la carapace de sa torture de pierreries diverses). Ici, la principale aventure de notre Gustave sera d’aller voir des indigènes exposés dans un parc. Dans cette vie feutrée et où le lecteur voit ses babines alléchées par les différentes descriptions de repas ingurgités, s’introduisent des morts dont le principal mérite est de permettre au rentier de continuer sa vie normale, avec un cynisme délicatement amené et comme normal. Il faut donc accepter un style très littéraire, des descriptions de la vie d’un oisif, des allusions, parfois claires, parfois restant obscures, sur les meurtres pour apprécier ce côté sympathiquement désuet mais très écrit qui pourra intéresser les lecteurs déjà captivés par les auteurs « fin-de-siècle ».