CHRONIQUES

livres • bandes dessinées • comics
Prix : 19,90 €
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ISBN : 978-2-02-158789-0
Nombre de pages : 224
Format : 22 X 15 CM
Année de parution : 2026
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8 / 10

Vous le regarderez comme impur

Un petit village perdu dans les bois d'une île de la Méditerranée. Un sanglier énorme qui y sème la terreur. Un mort étrange. Des ombres qui circulent la nuit. Un juge un peu dépassé. Tout le charme d’un roman policier à l’ancienne, de qualité, distillé par un Antoine Albertini inspiré et inspirant.

Fumàcciula. Rien que le nom de ce village ressemble à celui d’un possible village corse ; et certaines des informations évoquées dans le roman d’Antoine Albertini pourraient renforcer cette impression, mais l’auteur fait bien attention à ne rien préciser, ni même d’ailleurs à donner des informations qui pourraient situer précisément dans le temps et le lieu ce texte. Au contraire, il évoque des points historiques ou géographiques qui contredisent que cela pourrait se passer en Corse. Tout ceci est juste pour donner le contexte d’un récit qui va jouer, non pas sur du polar classique mais sur une intrigue autrement ambigue, très maitrisée et particulièrement étrange (le final renforcera encore plus cette singularité. Donc nous sommes dans un petit village où le problème semble être surtout un énorme sanglier qui parcourt la région et sème la désolation. Un jour, on retrouve un vagabond mort. Certes, il porte des traces de morsures de sanglier, mais surtout le médecin constate qu’il y a eu des coups de couteau. Qui a bien pu le tuer ? Le maire qui aimerait que l’on ne parle pas trop de son village essaie d’enterrer l’affaire, mais cela embête le juge local qui se pose bien des questions. Quand l’enquête l’entraîne du côté d’un notable, l’affaire devient encore plus compliquée. Comme, en plus, le dit juge a une liaison avec une femme mariée qu’il rejoint discrètement la nuit, cela n’aide pas non plus !

Ainsi que nous l’avons indiqué en préliminaire, le roman d’Antoine Albertini baigne dans une atmosphère étrange et quasi merveilleuse : hors du temps, hors d’indication géographique précise. Les personnages semblent vivre en vase clos et se débattent dans une sorte de brume. Le roman s’appuie sur de nombreux détails : la vie d’un autre siècle avec le boucher qui tue ses cochons devant tout le monde, un propriétaire terrien qui vit isolé dans son château, des ombres qui rôdent la nuit et – horreur – l’une d’entre elles semblant même rejoindre la maîtresse du juge ! Surtout, Vous le regarderez comme impur renoue avec un style très classique, celui d’un Maupassant, par exemple, ou d’un Gaston Boca, dans le domaine du policier, pour offrir une histoire policière qui se décale sans cesse et va évoquer des moments sanglants (on assiste à une exécution à la guillotine ratée). Un texte particulier, mais fort et intelligemment conduit, renversant plusieurs fois dans les derniers chapitres les certitudes, se situant sans doute entre le roman policier classique, le roman d’atmosphère à l’ancienne (le monde de la province figé dans un siècle précédent) et des éléments proches du fantastique, comme ce sanglier qui semble immortel et terrorise, sans qu’on le voit réellement la région. Un petit bijou.

Publié le 22 avril 2026
Mis à jour le 22 avril 2026
Son écharpe remontée jusque sous le nez, le juge Forcas se demandait pourquoi ni le médecin ni les gendarmes ni l’accusateur public, sans doute mis au courant, ne s’étaient posé la question qui le taraudait : comment un pauvre hère dans le genre de Cantacanzo, habitué à la gnôle frelatée, avait-il pu se procurer une bouteille d’eau-de-vie de prune ? Et, plus encore, que faisait-il avec trois pièces d’argent dans ses poches ?
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