CHRONIQUES

livres • bandes dessinées • comics
Prix : 14,00 €
INFORMATIONS LIVRE
Édité chez
Collection :
ISBN : 978-2-8126-2851-1
Nombre de pages : 172
Format : 21 X 14 CM
Année de parution : 2026
Crédits
Auteur(s) :
Contexte
Époque :
Pays :
Régions :
CHRONIQUES > LIVRES >
9 / 10

La Cascade sans issue

Guillaume Guéraud nous plonge dans des vacances cauchemardesques en plein cœur des Cévennes. Dans La Cascade sans issue, l'auteur raconte la descente aux enfers d'une famille dont la fille de seize ans disparait soudainement. Et il raconte ce fait pas si divers que ça sous la forme d'un journal écrit par son jeune frère Arthur. Horriblement magnifique.

Pour Lucie, seize ans, il s’agit avant tout des dernières vacances avec ses parents et son frère Arthur, douze ans. La famille part dans les Cévennes où elle a loué un bungalow à une vingtaine de minutes à pied de la cascade de l’Envol. Arthur la trouve énervante Lucie avec ses goûts musicaux et son envie de le rabrouer sans cesse. Mais Arthur l’aime, il est content de passer ses vacances en famille. Surtout, il rêve de devenir cascadeur pour le cinéma. Faut dire qu’il a des aptitudes : il peut monter à n’importe quel arbre, escalader n’importe quelle paroi. Près de la cascade, Lucie rencontre une bande d’ados, des lycéens qui viennent de passer leur Bac. Elle flirte avec Mathieu (qui a une guitare). Elle sort avec le groupe faire de l’accrobranche. Et un soir, alors que ses parents l’attendent pour une grillade, Lucie ne revient pas alors qu’elle avait promis d’être à l’heure, pour une fois. L’inquiétude monte et quand le lendemain on retrouve au pied de la cascade le corps de Romain Garrec, père du petit Antoine, il faut se rendre à l’évidence : Lucie, Mathieu et Antoine ont disparu. Que s’est-il passé ? Pour les gendarmes, la priorité des priorités c’est Antoine, cinq ans. Et les soupçons se portent bien évidemment sur Lucie et Mathieu, d’autant que le père du garçon est mort d’une flèche tirée d’un arc, et que Lucie a fait preuve de ses prouesses au cours de ses vacances. Mais Arthur sait bien que sa sœur est innocente. Il sait bien qu’elle est morte. Il a commencé le récit de l’événement qui a fracassé sa vie à la demande d’une psychologue.

S’appuyant sur une structure narrative déstructurée (il plonge dans la tête d’un gamin de douze ans), qu’il fragmente et à laquelle il ajoute d’autres éléments (des SMS échangés, une liste de vœux, des rapports de gendarmerie…), Guillaume Guéraud nous propose comme il le fait (mal)heureusement trop souvent une histoire terriblement ordinaire. D’ailleurs, on comprend à la lecture de La Cascade sans issue (un titre qui fait très film d’horreur et qui prend ici plusieurs niveaux de lecture) à quel point le terme fait divers est un oxymore. Ici, l’intrigue se porte sur un fait exceptionnel qui va détruire bien des vies. Mais Guillaume Guéraud prend le parti pris de nous le faire vivre depuis la tête d’Arthur (il touche directement deux autres familles, et indirectement plus d’autres). Il n’y a pas de pathos, mais de l’empathie. Il y a de l’amour et de la désillusion. Des portraits de personnages extrêmement soignés. Et, surtout, il y a un style. Guillaume Guéraud est un écrivain qui ne sait peut-être pas escalader une falaise, mais qui a un talent inné pour l’écriture. Et qui est capable d’élever son jeune lectorat à son niveau. L’histoire est cruelle et pourtant elle est belle. Et elle passe de l’émancipation et les premières amours à la terrible réalité d’un monde adulte vorace. Dire que l’on ne ressort pas indemne de cette lecture pourrait être une facilité du chroniqueur. Elle n’en est pas moins vraie.

Publié le 5 mai 2026
Mis à jour le 25 avril 2026
Lucie leur a raconté la scène. Mathieu et Loris ont raconté la même scène. Élise et Clémentine aussi. Je n’ai rien raconté parce que je n’y avais pas assisté.
CONTINUEZ VOTRE LECTURE..