Parce qu’elle n’a pas travaillé depuis deux ans, et qu’elle n’a plus une tune pour s’acheter des clopes, Maggy Garrisson accepte d’aller rencontrer Mister Wight. Mister Wight, c’est un détective privé de Londres qui cuve son alcool dans son bureau et qui, surtout, s’est fourré dans un sacré pétrin qui l’emmène à l’hôpital après un tabassage en règle. Les deux truands qui l’ont cogné cherchaient quelque chose dans son bureau mais ne l’ont pas trouvé. Et quand ils reviennent, c’est Maggy Garrisson qui leur fait face. Et ce n’est pas la même histoire. D’abord parce qu’ils sont séparés par une porte, ensuite parce qu’elle s’est fait une nouvelle copine, policière, et que cette dernière débarque. Si Maggy finit par comprendre que les nervis d’un truand local voulaient récupérer des tickets d’un genre bien particulier, en les refilant à la femme flic elle change sa trajectoire – qui la conduit néanmoins à un pub, à une rencontre surprenante et à Brighton, ville de pègre, sur la plage, non loin du fameux Rocher narré par Graham Greene. Au jeu des petites et grandes trahisons, Maggy sent sa paranoïa prendre le dessus.

Maggy Garrisson est un véritable personnage de fiction qui prend joliment toute la place dans ce premier volet captivant. Elle a un je-ne-sais-quoi d’Adèle Blanc-Sec qui se dégage d’elle. Peut-être est-ce dû à cette distance qu’elle prend avec les événements ; à ce regard qu’elle a quand elle est confrontée au danger ou à la fatalité. Une femme qui a cependant du chien, qui s’assume tant bien que faire. Une badass que Stéphane Oiry prend un malin plaisir à trimballer à gauche, à droite, sous un temps maussade, passant son temps dans des décors à deux teintes : une qui hésite entre l’ocre et le rouge, rappelant ses tenues, l’autre plutôt vert-de-gris, épousant l’atmosphère qui se dégage de la ville avec ses intempéries et ses personnages solitaires. Chacune des pages joue de ces couleurs avec effet, et permet de se rendre compte de ce trait très classique, très stylisé pour dépeindre l’environnement dans lequel les deux auteurs ont plongé leur héroïne. Et puis il y a cette silhouette de Maggy Garrisson, femme entre deux âges, au physique ordinaire qui s’assume par une gestuelle et des actions (quand elle retire ses vêtement de nuit dans le froid sur la plage de Brighton pour capter l’attention d’un truand). Un premier volet séduisant avec une héroïne qui empreinte souvent au 7e Art.