La capitaine Ana Boyer, du département des sciences du comportement de la gendarmerie nationale, est mise sur une nouvelle affaire par Gaëlle Maubuy, de la brigade territoriale autonome de Château Ville Vieille (respirez…). Non seulement la petite Clara Roussac, trois ans et demi, a disparu, mais sa disparition a été signalée par un appel anonyme vingt-quatre heures plus tard. Or, pour la famille, la petite fille passait le week-end chez ses grand-parents… Et curieusement, personne parmi le clan Roussac n’a l’air d’éprouver d’empathie pour la fillette. Certes, la vie dans ces montages est rude, mais… En dépit des recherches, Clara Roussac reste introuvable alors que les chances de la retrouver vivante s’amenuisent. Boyer décide de plonger dans l’histoire complexe de la famille Roussac, du patriarche à l’ancienne Gilbert à Jocelyne, sa femme soumise selon des principes d’un autre âge. Mais le refuge de réfugiés tout proche pourrait également être en cause, à moins que la vérité soit à chercher dans ces secrets de famille dissimulés derrière la loi du silence…
Un thème qui aurait pu donner un énième thriller-Netflix fait selon cahier des charges, bourré d’illogisme et de personnages niais à baffer, mais heureusement, on n’en est pas là… Plutôt que le suspense artificiellement entretenu et les gros effets, l’auteur préfère bâtir son intrigue par petites touches d’un grand réalisme qui donnent un portrait de ce décor âpre de montagne et des gens qui y vivent, donnant l’impression que pas grand-chose n’a changé depuis Zola. Le polar s’efface alors devant la saga familiale (parle-t-on encore de « polar rural » en 2026 ?), et on évite le syndrome téléfilm du samedi soir grâce à une langue vivante qui rend intéressant chaque petit élément et se permet des descriptions élégiaques de la nature digne des plus grands. Certes, les amateurs de thriller industriel risquent de trouver le temps long, mais la patience requise du lecteur — sans jamais passer par l’ennui — lui permet de profiter de toutes ces petites touches qui composent le roman. On en vient à croire que l’élément policier s’efface devant le naturalisme si l’auteur ne sortait pas de sa manche un as de taille : une conclusion à la fois logique et percutante où toutes ces fameuses petites touches s’additionnent en une résolution glaçante qui laisse le lecteur K.O. debout. Éric Calatraba prouve ici qu’il maîtrise le noble art.