CHRONIQUES

livres • bandes dessinées • comics
Prix : 20,00 €
INFORMATIONS LIVRE
Édité chez
Collection : ,
Langue :
ISBN : 978-2-38483-306-1
Nombre de pages : 254
Format : 23 X 16 CM
Année de parution : 2026
Crédits
Auteur(s) :
Contexte
Époque : ,
Pays :
Régions :
Villes : ,
CHRONIQUES > LIVRES >
7 / 10

L’Aigle et le serpent

Maxime Carpentier nous plonge dans un roman historique captivant qui dérange nos certitudes et nous force à entrer dans la tête de son enquêteur, qui erre dans Paris en 1806 à la poursuite d'un homme aux gants blancs. Très soigné et stylisé, le texte vaut amplement le détour.

Nous sommes en 1806. La Révolution est passée et l’Empire napoléonien règne. Armand Drone, un franc maçon, a vu son père guillotiné, mais est resté fidèle à l’esprit des Lumières. Veuf, il travaille pour Fouché, mais il est un policier particulier qui cherche les indices, fouille, se pose des questions à la fois dans le cadre de ses enquêtes et pour lui-même. S’il a entamé une enquête au Havre, il est appelé à Paris, car il y aurait des correspondances entre deux affaires. Deux affaires qui deviennent rapidement trois, puis quatre. À chaque fois, ue cadavre est retrouvé avec des dessins écrits à la craie sur le corps ou près de lui, des indices qui laissent penser à un complot, peut-être lié aux francs-maçons, et où apparait aussi le nom d’Élisa parfois écrit différemment. Cela mène sur la piste d’une certaine Élisa, veuve d’un officier napoléonien, mort durant les combats et qu’elle pleure. Mais pourquoi donner ce nom ? En tout cas, des bruits courent, des rumeurs circulent. D’autres indices, notamment des bagues à fleur de lys, posées près des cadavres, envoient sur d’autres pistes, mais tout reste flou. Drone, imperturbable, poursuit son enquête et a dans le collimateur un homme élégant, qui porterait des gants blancs – « car il a, lui, les mains propres ». Il lui faut l’affronter mais l’homme sait se battre et se cacher, et surtout continue à laisser des cadavres dans Paris. Pourquoi ? La tension monte. Fouché et Talleyrand se disputent, les généraux napoléoniens s’observent bizarrement craignant un complot pour faire tomber Napoléon. Pourquoi Bernadotte soutient-il la belle Elisa ? Pourquoi échange-t-il des messages secrets avec des ambassadeurs étrangers ? Kant et Montesquieu, lectures de chevet de Drone, ne sont pas d’un grand secours pour le policier qui ausculte la Capitale à la recherche de son suspect.

L’Aigle et le serpent est un roman singulier. S’il y a bien une enquête et de l’action, principalement dans les derniers chapitres, le livre est aussi un travail littéraire complexe : Maxime Carpentier semble nous plonger dans les questions de l’enquêteur, dans ses doutes, dans ses atermoiements et le labyrinthe d’une enquête qu’il ne maîtrise pas. Aussi, le roman tourne en rond, se perd dans les pensées, dans la succession des scènes de crime, dans les détails autour d’indices vagues qui montrent sa perplexité et sa difficulté à comprendre le schéma. Régulièrement, des allusions à la franc-maçonnerie, à des rituels, à des symboles s’opposent plus à la réalité qu’à faire avancer l’intrigue. À travers les rumeurs, les rencontres avec des indics qui ne savent pas grand-chose, des hommes de pouvoir napoléonien qui parlent en langage codé, cachant la vérité pour conserver une part de pouvoir et d’influence, le récit louvoie et le lecteur est brinquebalé, subit le récit, le voit lui aussi comme un labyrinthe, comme des parois qui se dressent et bloquent la recherche de la vérité. C’est écrit avec soin, ponctué de redites, de scènes que l’on pourrait croire des cauchemars sortis de la tête de David Lynch, de faux semblants, avant que la vérité ne s’impose petit à petit, sans doute un peu comme un rituel d’initiation franc-maçon où le candidat est bousculé dans ses certitudes, dans son confort, pour mieux accepter la révélation qui lui sera faite. Si l’on accepte (et c’est une bonne idée) de se laisser prendre au jeu, à cette vision perturbée et perturbatrice, si l’on se laisse guider par le style et la force de l’écriture, L’Aigle et le serpent est une expérience singulière, intelligente, s’appuyant sur des éléments historiques décrits avec clarté et bien amenés.

Mis à jour le 8 juin 2026
Je restai encore un long moment dans le quartier, à écouter les mille variations d’une histoire unique. Partout, des éléments revenaient – gants clairs, rose, ruban triangulé -, jamais ensemble, toujours combinés pour que l’esprit voie plus que ce qu’on lui montre. Quelqu’un voulait que Paris croie. Et Paris croyait, parce que Paris aime croire à ce qui lui donne un frisson et une excuse.
CONTINUEZ VOTRE LECTURE..