1983. Kit McDeere est une aide-soignante qui travaille pour une agence et qui a été un peu mise sur la touche car, dernièrement, elle a commis une faute : elle aurait oublié de ranger des médicaments le soir, les laissant à portée de main de sa patiente et cette dernière se serait suicidée. Circonstances aggravantes : la patiente était sa propre mère. Ses relations sont un peu tendues avec son père. Mais après trois mois de traversée du désert professionnel, son employeur lui offre une nouvelle proposition : aller travailler à demeure pour Lenora Hope, une vieille dame qui vit avec sa gouvernante, Miss Baker. Toutes deux habitent le manoir de Hope’s End, une vieille et immense bâtisse isolée sur une falaise du Maine. Si la famille Hope est mal vue par le voisinage, c’est parce que les parents et la sœur de Lenora, la vieille dame grabataire dont il faudrait s’occuper, ont été sauvagement tués en 1929 et que le meurtre n’a jamais été élucidé, même si tout le monde pense que Lenora est la coupable. Kit McDeere s’installe donc dans le manoir régi sous la rude férule de miss Baker (qui était déjà en poste lors du meurtre). Peu à peu, alors que des bruits étranges résonnent dans la maison, que les domestiques en place agissent de manière particulière, Lenora semble essayer de communiquer avec Kit en utilisant une machine à écrire. De son côté, Kit se pose des questions car la garde-malade précédente s’est enfuie précipitamment en laissant toutes ses affaires. Une histoire louche et l’atmosphère pesante de la maison n’aide absolument pas. Au fil des jours, alors que la maison penche de plus en plus, car elle se trouve sur une falaise rongée par l’océan, que des tuiles tombent du toit régulièrement, Kit est de plus en plus apeurée par les bruits suspects. D’autant que Lenora lui raconte peu à peu, par son tapuscrit, le massacre de sa famille en 1929.
Riley Sager nous embarque dans un roman d’atmosphère victorienne avec un lieu unique (un manoir sur une falaise) et un nombre restreint de personnages, où les événements du passé semblent contaminer le présent, et où les acteurs du drame doivent vivre avec le poids des remords. L’effritement de la falaise et la ruine de la maison renvoient métaphoriquement à la ruine de la famille, due à la crise de 1929, mais aussi aux péchés du père. Le récit est donc très classique et le passage par le tapuscrit permet de revenir sur l’ancienne affaire en décalant régulièrement le suspense. Celle qui sait est donc construit de manière tout aussi classique, faisant osciller l’histoire entre un thriller policier et un roman de fantastique diffus, jusqu’à une suite de révélations finales amenées de manière assez logique (même si peut-être avec une ou deux facilités). L’ensemble est sérieux et bien construit, même s’il aurait pu s’économiser quelques pages (à moins que ce soit cette lente montée du suspense qui ait plus particulièrement intéressé l’auteur). Une bonne lecture pour frissonner un peu quand on sera au bord de la plage à l’abri d’une falaise.