CHRONIQUES

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Prix : 22,90 €
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ISBN : 978-2-37686-704-3
Nombre de pages : 450
Format : 19 X 14 CM
Année de parution : 2025
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6 / 10

Futurs no future : que reste-t-il du cyberpunk ?

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Plus de quarante ans après sa création, le cyberpunk, ce mélange révolutionnaire à l’époque de S.-F. et de roman noir, ne cesse d’intriguer. Récupéré, digéré et instrumentalisé ou toujours pertinent, c’est la question que pose Antoine Daer dans un essai inégal mais qui finit par emporter l’adhésion.

Apparu à l’aube des années 1980 sous la plume d’un petit groupe d’écrivains nord-américains menés par William Gibson, le cyberpunk fît l’effet d’une révolution dans une science-fiction alors en perte de sens, écartelée entre space-opéra rétrograde “à la Star Wars” et fictions expérimentales plus intéressantes par leur concept que par leur réalisation. En décrivant un futur très proche, sombre, où les États cèdent le pas aux entreprises, où la violence urbaine règne et où les technologies sont propices au piratage, les écrivains du cyberpunk faisaient descendre la S.-F. dans la rue, tout comme les auteurs du polar hardboiled des années 1930 l’avaient fait pour le roman d’énigme. Courant majeur des 80s, le cyberpunk finit par rétrograder à mesure que les avancées technologiques le rattrapaient, que son futur devenait notre présent, au point d’être plus souvent récupéré pour son esthétique que reconnu pour ses aspects subversifs. Le cyber plutôt que le punk.

C’est à un état des lieux des survivances du cyberpunk qu’entend se livrer Antoine Daer dans Futurs No Future, un essai qui rate partiellement sa cible. Du point de vue de la fiction cyberpunk tout d’abord, car l’auteur choisit de se focaliser sur un petit nombre d’auteurs et d’œuvres représentatifs (Neuromancien, Matrix, Akira…) au détriment du paysage global. Certes, comme il le reconnaît, il est “né trop tard” pour avoir vécu le cyberpunk au temps de sa pertinence, et il voue un culte à Matrix, mais on aurait aimé que des auteurs essentiels pour le genre comme Walter John Williams, Bruce Sterling ou John Brunner soient plus largement abordés. Relativement fouillis et parsemé d’erreurs et d’oublis qui feront grincer des dents les vieux (cyber)punks , l’ouvrage achoppe sur ce point, tout comme, défendant la thèse que, globalement, le cyberpunk est mort et n’est plus qu’un artefact décoratif de la fiction, il passe sous silence la “nouvelle génération” d’auteurs qui emprunte au genre et le revitalise, à l’image de Ray Nayler, Rich Larson, Paolo Bacigalupi ou Tade Thompson. C’est dommage, et cela nous prive d’un véritable panorama du genre. On pourra également déplorer que le rapport du cyberpunk au roman noir soit si peu abordé.

Cependant, et hormis ces (importantes) réserves, Futurs No Future n’est pas un échec, loin s’en faut. Car là où Antoine Daer convainct, c’est dans sa manière de nous présenter un monde, devenu cyberpunk. C’est là, dans la marche folle de sociétés plus inégalitaires que jamais, vendues aux transnationales, obsédé par un progrès technologique qui place le profit avant l’humain, qu’il réussit son pari et fait froid dans le dos. Certes, l’esthétique du cyberpunk a été récupérée, digérée et nous est revendue par les cibles mêmes qu’elle pointait du doigt, mais l’esprit subsiste, dans une certaine résistance à la “machine”. Le punk plutôt que le cyber, finalement…

Mis à jour le 6 juillet 2026
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