Nous sommes en février 1794. La Révolution est entrée dans une phase complexe qualifiée (même si les historiens actuels se posent des questions) de Terreur. Les exécutions se multiplient et des envoyés spéciaux sont expédiés en province pour mater les populations. À Metz, Éléonore de Cussange est une femme noble qui vit avec sa fille dans son château de Goin. Tandis qu’elle a des penchants pour Augustin Duroch, un vétérinaire qui a ses entrées dans les milieux révolutionnaires et dont Julien, le fils, file le parfait amour (platonique) avec sa fille, un nouveau responsable est envoyé de Paris pour gérer la Révolution. Un certain Duquesnoy dont la vulgarité n’est pas une légende et qui veut tuer des « ennemis de la Révolution » pour se faire bien voir. C’est alors que par une nuit de tempête, une jeune femme est retrouvée morte, assassinée, devant les marches du château de Goin. Même si certains témoins ont vu trois hommes apporter le cadavre, et que la femme en question aurait eu des démêles avec la noble, mais aurait été aussi une femme infidèle ce qui aurait provoqué la colère de son mari et de nombreuses femmes du village, Éléonore est accusée du crime. Éléonore est une femme noble donc elle est forcément coupable. Si le vétérinaire essaie bien de l’aider, il ne fait que provoquer la la colère de Duquesnoy, qui tyrannise la ville de Metz. Tandis que la suspecte va être condamnée et sans doute à mort, que le vétérinaire et son fils tentent de trouver des preuves d’autres culpabilités potentiels, tout en cachant la fille de l’accusée, Metz s’agite devant les foucades de son nouveau « représentant » qui aligne les mesures impopulaires et règne par la violence avec des troupes révolutionnaires qui en profite pour voler, violer et piller.
Un roman historique chez 10-18 est (presque) toujours un gage de recherches historiques, de descriptions fines s’appuyant sur des documents, de travail autour de la période impliquée. Dans ce roman d’Anne Villemin-Sicherman c’est le cas avec parfois un peu de manichéisme comme avec ce personnage de vétérinaire qui est révolutionnaire mais pas au moins de guillotiner tout ce qui passe sous ses yeux. La reconstitution de la Révolution dans une ville de province, les problèmes que cela pose, la vie en prison, l’idéologie qui gouverne sont racontées avec force et vivacité. Les tentatives du vétérinaire pour faire son métier, pour essayer de faire destituer le représentant sont présentées de manière intéressante et donc, tout l’aspect historique est très bien montré, y compris avec la vie quotidienne, comme par exemple, une vendeuse de balais qui passera dans l’histoire. La partie policière est cependant plus légère, et on oscille entre différents suspects (ce qui permet aussi de parler des ventes des biens nationaux, du sort de la paysannerie, des différences d’appréciations entre nobles), la résolution arrive facilement pour clôturer le roman, remettant d’ailleurs au premier temps l’idéologie car les révolutionnaires, même devant les preuves continuent à accuser la noble. Et ce n’est pas forcément le côté le plus dense du livre. Un roman à réserver donc aux personnes plus intéressées par l’aspect historique rendu avec soin et qui emporte le lecteur.