L’Impasse des Sorcières à Paris est une impasse comme les autres pour Charlie, treize ans, qui vit dans un appartement avec toute sa famille fantasque qui s’apparente à une tribu : les parents, les frères et sœurs et la grand-mère. Mais quand Fedora, l’arrière-grand-mère, qui vivait recluse dans un sombre manoir au fin fond de l’impasse, décède, la vie de Charlie est chamboulée. Pourquoi ? Parce qu’elle hérite du chat Brownie, et qu’elle a pour mission d’aller lui donner quotidiennement à manger chez lui : ce grand manoir désert (à l’exception d’un chat et d’un visiteur nocturne) qui fait un peu peur quand même. Très vite, elle fait la connaissance de Kamal, un adolescent d’origine indienne, de son âge, qui vit dans un tout petit appartement d’un immeuble qui surplombe le manoir. Avec lui et Violette, une fille de sa classe qu’elle fuyait mais qui va devenir une amie, elle décide d’en savoir plus sur le décès étrange de son arrière-grand-mère, sur la tentative d’empoisonnement à l’arsenic de Brownie, sur la disparition d’un diamant bleu des décennies auparavant et, surtout, sur l’histoire de sa famille étrange. Elle ne le sait pas encore, mais il y a de la sorcellerie dans l’air : le manoir était une institution pour jeunes sorcières, et Fedora n’était pas bien vu de ses congénères. Mais tout ça c’était il y a bien longtemps. Alors, qui avait la rancœur tenace ?
Le roman d’Astrid Desbordes est un petit bijou stylistique à l’univers fantasque. La romancière a créé une tribu à la Malaussène (de Daniel Pennac). On est hypnotisé. On ne comprend pas toujours tout. Il y a un capharnaüm qui règne en maitre dans cet univers. C’est foldingue et ça fonctionne. La lecture n’est pas aisée, mais elle demeure toujours plaisante. Parfois, il faut un peu s’y reprendre, mais quel plaisir ! Et puis il y a ces personnages avec une jolie approche psychologique. On suit les errements sentimentaux de Charlie. L’autrice prend un malin plaisir à emprunter des chemins de traverse, nous emmène avec intelligence à aborder la tragédie grecque. Le tout sans oublier que ses lecteurs peuvent avoir onze ans. Le roman flirte avec le fantastique, mais il reste vraiment à la lisière. Il y a une énigme policière qui permet de traverser la Capitale et d’entrer dans des lieux improbables. Et puis Astrid Desbordes glisse avec subtilité quelques interrogations sociales et sociétales (classes aisées vs. classes populaires par exemple) qui sont les bienvenues. Si au final, il y a bien une résolution à cette intrigue, elle demeure secondaire au regard de l’histoire parcourue. Et ça c’est chouette !