La famille Derain – un homme, sa femme et leurs deux enfants – vient de quitter la région parisienne car la femme a trouvé une superbe maison à acheter dans l’Aveyron. Ils y refont leur vie, et sont contents de s’être rapprochés d’un couple d’amis, dont l’épouse a également été la première petite amie de l’homme. Mais leur vie devient chaotique : des chasseurs les menacent après qu’ils aient refusé de les laisser passer sur leur terrain ; la fille est maltraitée sur les réseaux sociaux ; l’ami s’inquiète car pourquoi son épouse reçoit-elle des cadeaux en tous points conformes à ceux de madame Derain, comme si le mari le provoquait en offrant la même chose à sa femme et sa maîtresse ? Et monsieur Derain devient le supérieur de son ami ce qui complique encore les choses. Un matin, tout dérape quand un individu masqué arrive avec un fusil et menace la famille, leur tirant dessus et s’introduisant dans la maison. La police est appelée, mais elle mettra normalement 14 minutes et 2 secondes pour arriver. Un compte à rebours effroyable commence alors.
L’excellent roman d’Anouk Shutterberg se compose de trois parties distincts. Tout d’abord, nous allons suivre en parallèle les quinze minutes les plus éprouvantes d’une vie familiale et les événements qui expliquent pourquoi arrive le drame. Cela devrait suffire à en faire un roman palpitant et tendu (et c’est le cas). Mais l’auteure a construit une intrigue diabolique et la troisième partie qui suit revient sur l’ensemble des éléments et leur donne une nouvelle version, encore plus angoissante et complexe, le tout restant pourtant extrêmement logique. Avec cette construction, Anouk Shutterberg confirme qu’elle excelle dans le montage de son histoire, dans les ressorts psychologiques qui explicitent les actions, dans son détournement de l’intrigue pour proposer une autre histoire, une autre version, de manière aussi logique que la première. Elle continue ainsi son œuvre de bien belle façon, se condamnant à travailler davantage pour nous proposer un prochain livre aussi abouti que celui-ci.