Dans un futur proche, en Irlande, un parti vient de remporter les élections. Petit à petit, il met en place son pouvoir en s’appuyant sur la création d’une nouvelle police secrète. Les Stack forment une famille normale irlandaise. Eilish Stack est professeur de sciences et participe à la vie syndicale. Mais un soir, la police vient le voir et, comme il n’est pas là, les policiers demandent à sa femme qu’il passe au commissariat pour affaire le concernant. Eilish Stack s’y rend, avec quelques doutes – la responsable de son syndicat est parait-il malade et ne donne plus de consignes -, mais il ne revient pas. Pour sa femme qui doit se débrouiller seule avec plusieurs enfants (ou adolescents) la vie devient compliquée d’autant plus que son père est vieux, malade et qu’il commence à perdre ses facultés. Elle jongle entre tous ces problèmes alors qu’autour d’elle des rumeurs courent : il y aurait des camps de prisonniers où les opposants seront regroupés et maltraités. Comme l’opinion internationale s’est émue, des boycotts se font sentir et des pénuries commencent. Face aux menaces que font peser des « rebelles », le gouvernement cherche à enrôler les lycéens dans son armée. C’est le cas de l’aîné. Sa mère apeurée va chercher une solution, alors que la rébellion s’organise.
Tout le roman de Paul Lynch est vu à travers le regard de la mère qui ne comprend pas tout, car il est difficile, de toute façon, de s’adapter à ce genre de situation, que l’on imagine (à tort ?) révolu dans les pays occidentaux. Roman qui raconte de manière simple et limpide, sans pathos, comment une situation se dégrade, comment petit à petit les choses se mettent en place, avec des » bourreaux ordinaires « , que Annah Arendt appelait la « banalité du mal », et des gens qui patientent car ils ne peuvent penser que cela arrive. Le récit, qui se referme lentement, comme le mauvais sort, sur les personnages, resserrant sans cesse son intrigue comme on serre le cou de quelqu’un, étouffe tout, dans une atmosphère dystopique noire, sans aucune échappatoire possible, comme une pluie qui tombe de plus en plus drue, jusqu’à un final glaçant. Un petit bijou noir, un thriller intimiste qui pourrait être un futur proche.