Une jeune femme d’origine bosniaque a pu se réfugier sur l’île de Lanzarote . Un soir, en rentrant de son travail à vélo, elle est poussée dans un talus par une voiture et manque de mourir. Le policier chargé de l’affaire se pose de nombreuses questions et la première est de savoir s’il s’agit d’un accident malencontreux ou d’une tentative de meurtre. La jeune femme elle même esquive les questions, quand elle sort du coma. En même temps, le policier voit arriver une ancienne collègue, fille d’un riche entrepreneur, qui travaille à présent dans l’affaire familiale. Y a-t-il un rapport avec une tentative de mettre le feu à l’usine ? La jeune femme est accompagnée par un garde du corps, dont le policier se méfie, d’autant plus qu’il vient lui aussi d’ex-Yougoslavie. Encore un rapport avec l’accident ? Et pourquoi tous ces gens semblent chercher des dossiers, des documents ou des clés USB qu’aurait pu avoir la jeune bosniaque (ce qui expliquerait pourquoi après l’accident, des gens se sont infiltrés et ont fouillé son appartement) ? Tout le monde marche sur des oursins car l’on voit bien qu’il y a des fortunes en cause, des notables derrière ces secrets et peut-être même de vieilles affaires remontant à la guerre civile qui a ravagé la Yougoslavie. Malgré tout, les policiers veulent aller au fond des choses.
Victor del Árbol est à présent bien connu des lecteurs français. Il nous offre ici un roman situé en 2008, au moment où le capitalisme connait une crise et montre avec soin comment cela peut se ressentir dans une petite communauté espagnole. La tentative de meurtre sur une jeune femme, afin de masquer une ancienne histoire de pouvoir et de domination, permet de montrer comment le système perdure et se renforce. Face à cela, des individus, dans la lignée classique du roman noir, enquêtent et cherchent à connaître la vérité, c’est-à-dire à mettre au jour les mécanismes qui peuvent expliquer la violence et la mort. Avec vigueur, Victor del Árbol réussit, à travers des personnages qui sont tous sauf des silhouettes ou des stéréotypes, à montrer le monde tel qu’il est : noir, peuplé de bêtes féroces, sures de leur bon droit.