Charles Baudelaire, bombardé depuis peu associé du Diable lui-même, traîne toujours son manque d’argent, sa syphilis et sa liaison libre avec Jeanne Duval… C’est depuis la vitre d’un bistrot parisien qu’il remarque un homme au comportement bizarre, ne cessant de battre des bras sans raisons. Il lui rappelle « L’Homme des foules » d’Edgar Allan Poe, écrivain qu’il a traduit et qui est devenu une obsession. Puis, peu de temps après, ce savetier que l’on surnomme poétiquement le sauveur d’âmes est assassiné… Et le Ratier, ce fan de Baudelaire, reçoit un message du Diable lui demandant de mener l’enquête, un autre meurtre étant imminent. Puis c’est l’arracheur d’ailes, celui qui fournit des plumes pour les chapeaux de dames, qui est tué à son tour… avec sous la langue un papier où il est écrit « Crénom ! », le juron préféré de Baudelaire ! Voilà qui attire l’attention de l’inspecteur Delâbre. Mais le Ratier est aussi contacté par le comte de la Motte-Beuchère pour retrouver Yolanda, sa femme disparue. Il s’en passe des choses sur l’île Saint-Louis, et Baudelaire lui-même ne sait plus faire la différence entre la réalité et ses fantasmes nés de l’alcool ou de la maladie. Si en plus, le diable s’en mêle…
Là où les « Les Folles enquêtes de Magritte et Georgette » étaient des romans policiers classiques, loin du morne paysage des cosy mystery formatés, cette nouvelle série de Nadine Monfils consacrée à Baudelaire est encore autre chose. On a l’impression que le cadre du roman policier ne suffit plus à l’autreure : il est un canevas dans lequel se mêlent fantastique, roman populaire à la Eugène Sue, étrange, picaresque et un certain humour noir (normal pour la créatrice de Mémé Cornemuse…). C’est surtout la description de ce Paris interlope, véritable Cour des miracles évoquant un Jeunet se prenant pour Fellini (ou l’inverse) mêlé au meilleur des feuilletonistes de la grande époque qui ressort de ce court (selon les critères actuels) roman. Inutile de chercher une intrigue tirée au cordeau, même s’il y en a bien une. Il faut plutôt se laisser prendre par la main et suivre cette visite à l’écriture toujours superbe depuis que Nadine Monfils s’est aperçue qu’elle avait un vrai style (et qui ferait se mordre les phalanges à certaines starlettes de la « blanche »). Décidément, son œuvre devrait être recommandée par la médecine en tant qu’antidote…