Los Angeles, 1963. Des gangsters enchaînent George Reeves à une voie ferrée. L’homme est déchiqueté par le passage d’un train. Le lendemain, Marylin Monroe frappe à la porte du bureau de Humphrey « Bogie » Bogart. Elle veut que le détective enquête sur la mort de George Reeves, l’acteur qui a incarné Superman, que les journaux et la police ont placé dans la catégorie « suicide ». Bogart, en plein spleen après le départ de Lauren Bacall, se rend au « Castle », un asile bien particulier tenu par Boris Karloff, chargé de ressusciter les stars d’Hollywood décédées pour les remettre sur les rails cinématographiques. Un Boris Karloff aidé par un certain Jacky Boy Nicholson. Mais la rencontre ne se passe pas tout à fait comme prévu et le détective est passé à tabac non sans croiser la route d’Ollie Hardy. Plus tard, il sera pris en voiture par Clark Gable, et ensemble ils iront chez les Hitchcock. Pour le pugnace Bogart, l’enquête prime avant tout. Surtout, s’il ne sait pas trop qui il est de Sam Spade ou de Philip Marowe, il sait qu’il est un investigateur hors pair, jamais mieux stimulé que lorsqu’on lui met des bâtons entre les pattes. Seulement, la vie prend des faux airs de cinéma auxquels se mêlent d’autres faux airs, fantastiques ceux-là. Alors, il faut savoir biaiser. Mais il est dit que la vie de Bogart est digne d’un film noir, et les films noirs ne finissent jamais bien…

Un peu à la manière du film Les Cadavres ne portent pas de costard, Frankenwood est une belle mécanique – hommage, collage et pastiche à la fois à un cinéma mythique. L’intrigue oscille entre réalisme merveilleux et fantastique tiré du cinéma bis et, hasard ou pas, fonctionne à partir du même argument que Mickey 17, de Bong Joon-ho, les stars d’Hollywood étant en quelque sorte des « remplaçables » qui œuvrent pour les grands studios. Les auteurs donnent ainsi à Bogart un rocher qu’il doit incessamment monter en haut de sa colline comme une revisitation de Sisyphe des rôles qu’il a incarné pour le film noir (on notera qu’il reprend un peu pied dans la vie quand il est non pas détective mais aventurier avec une casquette de marin). On peut y voir également une allégorie des stars immortelles. Quoi qu’il en soit, il y a une intrigue bien ficelée par Darko Macan à la limite de l’incompréhensible (avec de l’espionnage, de la corruption et du politique), une trame qui s’appuie sur un fonds culturel et surtout des personnages. Des personnages marqués par les vicissitudes de leurs vies et de celles qu’on leur a imposé et qui parfois prennent le pas sur la leur. Frankenwood nous plonge dans un univers très sombre en technicolor avec des intercalaires noirs, synonymes de black out pour un Bogart qui fume des cigarettes sans goût et cherche activement un Fedora. Le tout avec une mise en scène affirmée et très visuelle d’Igor Kordey qui multiplie les clins d’œil (le dîner P. 37 en pleine page vaut le détour). Une certaine idée classe du revival.