Paris, novembre 1930. Alors que les élites intellectuelles commencent à se passionner autour du surréalisme (surtout avec la sortie d’un film de Luis Buñuel qui fait scandale) et que les menaces de l’extrême-droite se font de plus en plus précises, Chiappe, le nouveau préfet de police, ne cache pas ses idées politiques radicales. Ces éléments compliquent la tache du commissaire de police Varenne car il vient d’être chargé d’une enquête concernant une jeune femme retrouvée assassinée et mutilée avec ce qu’on appelle la croix de vache, signe de prostitution et de trahison. Or, cette jeune femme est vite identifiée et s’avère être une actrice qui entendait user de ses charmes pour réussir. Elle serait également liée à des parties fines, histoire d’améliorer son carnet d’adresses. Elle aurait aussi posé pour des affiches d’un riche industriel, accessoirement producteur de cinéma : René Coty, connu comme grand parfumeur, mais surtout très lié aux mouvements d’extrême-droite, désireux de prendre le pouvoir. En fouillant dans les archives, Varenne découvre que d’autres jeunes femmes auraient été victimes du même tueur et présentent des profils similaires (parties fines, actrices en devenir, muses d’artistes dont Man Ray, qui ne cachait pas ses sympathies pour le marquis de Sade…) ; les soupçons restent quand même braqués sur René Coty (ce qui déplaît fortement à Chiappe), sur un de ses bras droits, lui aussi engagé en politique, et sur le fils de ce dernier. Parmi les suspects, il y a aussi un poète méconnu, velléitaire, qui se prétend fils adultérin du même René Coty, ce qui ne simplifie pas les choses, surtout qu’il est suivi par une psychiatre, qui est en très bons termes avec le policier. Et quand on place à ses côtés pour « superviser » l’enquête, Fiori, de la brigade mondaine, les doutes de Varenne se renforcent.
Camélia rouge est le prolongement de Shell shock. Ce roman met à nouveau en scène le commissaire Varenne et son amie (et où nous retrouvons les dames des services téléphoniques toujours aux prises avec un patronat qui refuse l’égalité des salaires). De nouveau ils sont confrontés à une enquête difficile où les liens avec le monde de la richesse, des puissants et des forces politiques ne rendent pas évidente une enquête compliquée, avec ce qui ressemble à un tueur en série. Comme pour le premier volet, ce n’est pas sans cynisme que s’achèvera, de manière douce-amère, la résolution des meurtres. Michaëla Watteaux en profite pour décrire en arrière-plan toute la complexité politique de ce début des années 1930, de manière intéressante et captivante. Un récit prenant et qui ne se lâche pas, surtout une bonne suite d’une série en devenir qui pourrait s’avérer à suivre.