Ukraine, 2024. Les services secrets ont un besoin urgent de nouveaux drones, plus puissants et plus performants. Pour ce faire, ils ont dans le collimateur quatre jeunes Ukrainiens, très compétents soit en dronotique, soit en informatique et qui, pour l’instant, ne sont pas sous les radars de la Russie et de leurs services de renseignement. Qui plus est, tous ont eu des soucis avec la loi et ne peuvent pas refuser l’offre des services secrets, à supposer qu’ils l’auraient voulu. Le petit groupe ainsi formé décide de créer un drone puissant, dopé à l’intelligence artificielle pour passer discrètement les lignes ennemies. Un drone capable de discerner de manière efficace, les cibles qu’on lui donne. Une structure complexe est montée car il faut non seulement travailler sans être repéré par l’ennemi, mais aussi, trouver dans le monde, les gens et industries qui pourront leur fournir le matériel nécessaire et le faire parvenir en Ukraine sans que personne ne se rende compte de rien. Après avoir créé un prototype qui montre ses capacités, mais effraie Kira, une des conceptrices car l’intelligence artificielle a « préféré » liquider trois jeunes Ukrainiens qui se trouvaient à proximité des essais plutôt que de voir le risque que sa conception soit divulguée, il faut passer au stade industriel et fournir deux mille de ces drones. Difficile là de passer sous les radars et les pressions, et les services secrets russes découvrent quelques informations éparses qui les mettent sur la piste du groupe. Heureusement, les tensions entre les différents services de renseignement empêchent le travail correct et l’opération peut continuer. Mais Kira s’inquiète de plus en plus : avec leur système, le groupe n’a-t-il pas ouvert une boite de Pandore qui risque de ne jamais se refermer ?
Roman qui s’apparente dans les trois quarts du livre au thriller d’espionnage avec les ruses incessantes de savants ukrainiens pour rester sous le radar et créer une nouvelle arme qui permettrait au moins de remettre les pendules à l’heure avec l’envahisseur russe, le récit dévie in fine vers l’anticipation, en proposant une piste logique et imaginable sur un avenir humain pas forcément très réjouissant. En s’appuyant sur un petit groupe, sur sa cohésion, souvent mise à mal, sur les difficultés du groupe tandis que le danger se rapproche de plus en plus, le texte reste tout au long haletant et rythmé. Présentant aussi les doutes des acteurs, il offre ainsi une position moins manichéenne, plus axée sur le questionnement et propose, certes une action virevoltante, digne des récits d’espionnage plus classiques, mais une réflexion sur les buts et les moyens, de manière feutrée mais précise, intelligemment amené. Un récit de François Raffaitin qui s’avère captivant.